SIGNET

La Société de Fantômette

 

   L'ARGENT ET LES PARENTS


Dans les aventures de Fantômette, le problème des parents et de l'argent est très largement éludé.

Fantômette n'a pas de parents. En fait, on ne sait rien de son histoire, de sa naissance, de sa famille. Comme elle le dit elle-même à l'occasion d'une interview menée par Oeil de Lynx ("L'Almanach de Fantômette"), "Si j'avais des parents, croyez-vous qu'ils me laisseraient sortir la nuit pour combattre les bandits ?". En effet, c'est là tout le problème de la littérature qui met en scène des aventures d'enfants. Comment permettre aux héros de mener leurs enquêtes ou de prendre des risques, alors que, de toute évidence, leurs parents représentent un obstacle ?

Certains auteurs des Bibliothèque Rose et Verte, comme Enid Blyton ("Le Club des Cinq" et "Le Clan des Sept") ou Georges Bayard ("Michel") résolvent ce problème en plaçant les aventures dans le cadre des vacances, où les jeunes sont libres de leurs mouvements. D'autres, comme le pool d'auteurs américains "Stratemeyer Syndicate", qui se cache derrière Caroline Quine ("Alice" alias "Nancy Drew" aux États-Unis) ou F.W. Dixon ("Les Hardy Boys", jamais traduit en français), ont pris le parti d'associer les parents aux aventures des adolescents qui sont présentés comme des apprentis détectives.

Georges Chaulet, lui, a décidé de ne pas en parler du tout !

Ni Fantômette, ni les trois personnages principaux, Ficelle, Françoise et Boulotte n'ont de parents. Seule Ficelle a plusieurs oncles et tantes, mais ces derniers ne sont pas ses tuteurs et apparaissent de manière erratique.

Georges Chaulet est à tel point en rupture avec le concept de famille, que les autres enfants qui apparaissent dans les aventures de Fantômette n'ont, eux non plus, pas de famille conventionnelle. Isabelle Potasse n'a pas de parents mais vit avec son oncle, le Professeur Potasse. Annie Barbemolle a un père mais pas de mère. Éric, le fils du Masque d'Argent, n'a pas de mère non plus. Et il n'est mentionné aucune famille au Prince Norberto. Seule la petite Colette Legrand, qui est l'héroïne du roman "Fantômette contre le Géant" vit normalement avec son père et sa mère.

(Tiré de "L'Almanach de Fantômette", 

2ème Édition, p.14, par Josette Stéfani).

Ce refus systématique de faire apparaître une famille avec un père et une mère n'est pas non plus sans rappeler les œuvres de Walt Disney, où tous les personnages ont des liens de type oncles/tantes et neveux/nièces (ou cousins). Pour Walt Disney, c'était justifié par le fait de n'introduire aucune dimension sexuelle dans l'histoire des personnages.

Par ailleurs, lorsque Oeil de Lynx, toujours dans son interview de Fantômette ("L'Almanach de Fantômette") lui demande comment elle fait pour avoir de l'argent, elle répond par une pirouette :

"Nous autres, le héros qui vivons des aventures dangereuses et mouvementées, nous n'avons jamais de problèmes matériels. Mes collègues Tintin, Mickey ou Bibi Fricotin vivent très bien sans se soucier de leur porte-monnaie. Moi, je fais de même...".

Georges Chaulet place donc très clairement Fantômette au même niveau que les personnages de Walt Disney ou des bandes dessinées francophones. Le problème ne se pose pas. Point final.

Pour ce qui est de Fantômette, on en est donc réduit aux suppositions : il n'est pas incohérent de penser que les parents de Fantômette sont morts ou disparus, mais qu'étant très riches, ils ont laissé leur fille à l'abri du besoin. Pour rester dans un cadre légal, on peut également imaginer que Fantômette aurait un tuteur, qui pourrait être un parent éloigné et perpétuellement absent. D'ailleurs, dans "Fantômette contre la Main Jaune", on apprend que Fantômette a une vieille servante, ce qui résout déjà un certain nombre de problèmes.

On peut faire le même raisonnement pour Ficelle et Boulotte, mais la présence de vrais parents, cachés à la connaissance du lecteur, serait moins gênante pour ces deux personnages dont la vie est finalement plus conventionnelle.

Ce scénario plausible est mot pour mot celui qui a été choisi pour l'adaptation des aventures de Fantômette en Dessin Animé, où le besoin d'expliquer les origines de l'héroïne s'est fait plus pressant. Il est vrai que les enfants d'aujourd'hui se posent plus de questions qu'il y a quarante ans !

Enfin, pour ce qui est de l'argent, on peut également supposer que, même si elle refuse toujours d'être payée et s'arrange en général pour faire profiter l'argent qu'elle récupère à des œuvres caritatives (voir par exemple "Fantômette chez le Roi"), Fantômette reçoit parfois des récompenses, en argent ou en nature, qui lui permettent de vivre aisément. À ce titre, Georges Chaulet nous parle d'une récompense et de trois cadeaux qu'elle a reçus pour services rendus : dans "Fantômette Brise la Glace", la Banque Canadienne offre une prime à Fantômette pour avoir récupéré trois tonnes d'or (elle s'en servira pour refaire la décoration de son salon dévasté par l'explosion d'une grenade !), le Prince Norberto lui offre un énorme rubis ("Fantômette et son Prince" et "Les Carnets de Fantômette"), le Seigneur Renard lui offre un bague ornée d'un gros diamant ("Fantômette et le Secret du Désert") et enfin le Président Pastiz Sanzo lui fait parvenir une statuette de taureau en or massif ("Olé, Fantômette !").

 

   LE STYLE POLITIQUEMENT CORRECT


Limité par les contraintes de la littérature pour la jeunesse (pas de crimes, jamais de morts, peu de blessés et en tous cas pas de sang, bien entendu pas de sexe ni aucune ambiguïté possible), Georges Chaulet a pourtant développé un univers extrêmement riche et cela lui a même permis de faire inventer aux ennemis de Fantômette un nombre considérables de moyens de se débarrasser d'elle tous plus spectaculaires et originaux les uns que les autres tout en évitant de montrer "l'exécution" de l'héroïne à proprement parler.

Quelques "tours de passe passe" permettent aussi à Georges Chaulet d'éviter bien des écueils : ainsi, pour qu'aucun doute ne s'installe, les relations entre Fantômette et Oeil de Lynx sont basées sur le vouvoiement et ils se séparent dès que l'enquête s'achève. Dans le même ordre d'idées, dès qu'une forme d' "intimité" s'installe entre Fantômette et Le Furet ou Le Masque d'Argent, la relation se transforme immédiatement en une projection paternelle de l'adulte sur l'adolescente.

(Tiré de "Fantômette dans le Piège", 

2ème Édition, p.160-161, par Josette Stéfani).

En revanche, on constate que les armes à feu sont très largement présentes dans les romans et, bien que ce soit exclusivement l'apanage des ennemis de Fantômette ou de la Police, ou d'adultes connaissant bien le maniement des armes, on est un peu surpris de voir autant de revolvers et de mitrailleuses en action, même si les tireurs ratent toujours miraculeusement leur cible. Fantômette n'est jamais armée que de son poignard florentin et désapprouve l'usage des armes à feu. Oeil de Lynx ne dispose pas d'arme en général, mais il lui arrive d' "emprunter" celle de ses adversaires.

Paradoxalement, et c'est là un trait qui est significatif de l'époque où ont été écrits les premiers tomes de Fantômette, il n'y a pas de restrictions sur la présence du tabac et de l'alcool dans les romans, et même si ce sont presque toujours les méchants qui fument et boivent en quantité, on voit certains héros (Oeil de Lynx) ou certains personnages sympathiques fumer allégrement. Fantômette quand à elle refuse systématiquement toute offre de cigarette ou de d'alcool et donne l'exemple en ne buvant que de l'eau ou des jus de fruits.

Enfin, la quasi-obésité de Boulotte ne pose apparemment pas non plus de problème et on peu y voir une incitation à consommer des aliments sucrés (gâteaux, chocolats, bonbons, glaces, etc...) en permanence... et en abondance. Ce problème sera soulevé lors de l'adaptation en Dessin Animé et Boulotte deviendra une "amie des animaux" plutôt qu'une gastronome.

Si on doit trouver une véritable critique à formuler à l'encontre des aventures de Fantômette, il faut souligner qu'il s'agit sans doute pour certains lecteurs d'une incitation à prendre des risques. En effet, l'héroïne étant une enfant d'une douzaine d'années, il est très facile pour les lecteurs de s'identifier au personnage et de vouloir "faire comme Fantômette". Lorsque Ficelle dit qu'elle traverse hors des passages cloutés pour vivre dangereusement comme Fantômette, Françoise s'empresse de lui faire remarquer que c'est très imprudent. Mais lorsque Fantômette sort seule la nuit pour surveiller les malfaiteurs, se jette allégrement dans le vide, se retrouve face à des revolver braqués sur elle ou s'embarque à bord de voitures ou de bateaux étrangers sans savoir où cela va la mener, il n'y nulle part dans les romans d'avertissement du style "Don't try this at home !" ("N'essayez pas cela à la maison !" comme dans le dessin animé américain "Beavis and Butthead" où est surtout donné l'exemple à ne pas suivre).

C'est certainement la raison pour laquelle le Dessin Animé a plus insisté sur l'aspect "super-héros" du personnage de Fantômette, ce qui installe une certaine distanciation avec le spectateur qui se rend compte qu'il ne dispose pas des super-pouvoirs ni des moyens matériels de l'héroïne.

 

   L'HUMOUR


Ce qui fait l'originalité de Georges Chaulet, c'est qu'il a placé les aventures de Fantômette dans un univers qui est à la fois réel et imaginaire. Il s'est en effet ingénié à transposer la réalité qui l'entourait d'une manière idéalisée et humoristique.

À commencer par les lieux où se déroulent les aventures. Framboisy par exemple, n'est semble-t-il que la transposition de la ville où il a passé son enfance (et où il habite toujours), Antony, dans les Hauts-de-Seine. Mais en choisissant délibérément de donner à cette ville un nom original et drôle, de la placer dans un département imaginaire, et de lui donner une identité un peu enfantine, il se libère des contraintes et des crises de la "vraie vie". Il en fait de même pour les autres pays du monde auxquels il donne des noms fantaisistes, mais on peut presque toujours retrouver une correspondance avec un état existant, et ce qui semble n'être qu'imagination et humour devient subitement une critique acerbe de la société.

(Tiré de "Fantômette Ouvre l'Oeil", 

3ème Édition, p.105, par Josette Stéfani).

Ainsi, Georges Chaulet essaye toujours de trouver le juste équilibre entre la parodie et la description pure et simple, de manière à ce que le lecteur ne se sente jamais très loin de ses repères dans l'univers de Fantômette. C'est ainsi que le supermarché s'appelle "Primiprix" et que les grands magasins sont "Les Galeries Farfouillettes". Les héroïnes écoutent fréquemment les derniers tubes de "Dynamite Bill" et la télévision vante les mérites de la lessive "Chlorax" ou "Noiro", tout un programme.

La plupart des commerces portent des noms qui rappellent leur spécialité (le marchand de chaussures est "Le Pied Élégant", la quincaillerie est "Le Petit Vulcain", etc...)

D'ailleurs, un autre trait significatif du style de Georges Chaulet, c'est l'utilisation fréquente de jeux de mots et de calembours pour les noms de personnages et de lieux (une référence sans doute à l'œuvre de San-Antonio dont il est un amateur inconditionnel) et il s'amuse souvent à faire en sorte que le jeu de mot corresponde à la définition que l'on pourrait leur donner (métonymie) :

Le village de "Fantômette et la Grosse Bête", perdu dans le Massif Central, s'appelle "Saint-Plouc-les-Bœufs", le village breton de "Fantômette et le Palais sous la Mer" est "Kardebeur", etc…

Pour les noms de personnes, c'est encore pire : Arbi Stouri est chirurgien, Monsieur Boulon est garagiste, Monsieur Rillette est charcutier, etc…

Même lorsque le jeu de mot est sans rapport avec la profession de la personne, il est en général savoureux : Phillibert Haucourt de la Soiray ("Fantômette contre Charlemagne"), Lucie Tronnade ("Fantômette contre Diabola"), Jacques Célère ("Fantômette Ouvre l'Oeil"), etc...

Pourtant, même dans l'humour, Georges Chaulet n'en fait jamais trop, et il sait respecter son lecteur en présentant un univers cohérent et fouillé, même s'il est humoristique. Il introduit de nombreuses références culturelles dans les romans et beaucoup de noms de personnages sont assez recherchés et correspondent à un contexte culturel précis (comme les noms basques de "Opération Fantômette").

Par ailleurs, et c'était une contrainte imposée par les Éditions Hachette au moment de la sortie des premières aventures de Fantômette, il n'y a aucune grossièreté, ni d'expressions populaires, dans les dialogues, et même les jurons aussi anodins que "zut" ont été éliminés. De nouveau, Georges Chaulet a fait de cette contrainte une force, et il a donc donné à son héroïne une série d'interjections propres à son univers, dont la plus célèbre est indubitablement : "Mille Pompons !".

 

   L'ASPECT CULTUREL


Contrairement à beaucoup d'œuvres pour la jeunesse qui sont très simplement scénarisées et purement humoristiques, les aventures de Fantômette ont une dimension culturelle indéniable.

Cela s'explique tout d'abord par le fait que Georges Chaulet a mis un point d'honneur à faire des recherches poussées sur les régions décrites, les mécanismes scientifiques et technologiques utilisés, les bases des énigmes posées.

Ainsi, dans "Fantômette contre la Main Jaune", il décrit avec une précision de guide touristique les paysages de Sardaigne. Dans "Fantômette dans l'Espace", il explique les bases du voyage spatial (propulsion, poussée, gravité, rotation autour de la terre, etc...). Enfin dans "Fantômette et le Trésor du Pharaon", il initie le lecteur avec un grand sérieux à l'écriture des hiéroglyphes.

Ensuite, le caractère même du roman d'énigmes oblige l'auteur à faire progresser le lecteur dans la résolution de l'énigme au même rythme que l'héroïne. Par exemple, dans "Fantômette et la Télévision", il donne au lecteur attentif le moyen de trouver la clé de l'énigme en même temps que Fantômette (basée sur un jeu de mots historiques).

(Tiré de "Fantômette dans L'Espace ", 

2ème Édition, p.128-129, par Josette Stéfani).

De même, dans "Fantômette contre Charlemagne" il insiste sur une leçon d'histoire de Mademoiselle Bigoudi qui permettra à Fantômette de retrouver la couronne de l'Empereur Charlemagne, avec des détails historiques parfaitement exacts.

Georges Chaulet part du principe que le fait d'avoir à élucider une énigme ou comprendre les tenants et les aboutissants d'une machination fait s'éveiller l'intelligence du jeune lecteur de Fantômette, de même que le lecteur adulte de Sherlock Holmes ou d'Arsène Lupin (deux lectures mythiques de l'auteur) est admiratif face au raisonnement du héros. De manière générale, il truffe ses romans de toutes sortes de connaissances qui apparaissent sans lourdeur excessive au fil de pages et que le lecteur retient aisément. À cet égard, les interventions de Mademoiselle Bigoudi sont un excellent prétexte pour "placer" des informations scientifiques ou littéraires.

Enfin, le personnage de Ficelle donne l'occasion à l'auteur de transformer le jeune lecteur en critique culturel puisqu'il ne peut que se moquer de l'ignorance de Ficelle et apprendre par la même occasion. En effet, cette dernière ne cesse d'employer les mots du vocabulaire français à contresens ou de les écorcher alors que Françoise passe son temps à rectifier ses erreurs, donnant ainsi l'exemple à suivre pour qui veut ressembler à Fantômette.

Parfois, c'est au contraire Ficelle qui fournit l'aspect culturel à travers ses projets farfelus (prendre et développer des photos dans "Fantômette et le Mystère de la Tour") ou ses inventions délirantes (elle fabrique un véritable hydroscope dans "Opération Fantômette"). Indéniablement, on apprend mieux en s'amusant.

La bêtise insondable de Ficelle permet aussi de faire passer des messages utiles comme le fait de toujours vérifier la météo avant une sortie en mer (dans "Fantômette chez les Corsaires", Ficelle bloque le baromètre sur "beau temps" avec du ruban adhésif en pensant que cela lui assurera du soleil !) ou de ne pas sortir seule le soir (dans "Fantômette contre le Hibou", Ficelle et Boulotte partent de nuit surveiller la bande des Hiboux, se font capturer par cette dernière, sauver par Fantômette et finalement récupérer par la Police !).

 
 

 

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