SIGNET

Scène 3

 

Un à un, les bandits sortent de leur cachette.

Bulldozer

- Ouf ! J’commençais à cuire comme un gigot aux haricots !

(Alpaga se tamponne délicatement le visage avec sa pochette.)

Le Furet

- Bon, assez rigolé. Au travail !

Il se remet à ausculter le coffre-fort. Alpaga se coiffe du chapeau que Ficelle a laissé sur la table. Il monte sur le coffre, s’admire dans la glace.

Alpaga

- Que je suis beau ! Ce chapeau me va très bien… Quelle élégance ! Quel bel homme !

Bulldozer

- Gaffe ! V’la la grande asperge qui revient ! Planquez-vous, les gars !

Ils retournent dans leurs cachettes. Alpaga n’a pas le temps de reposer le chapeau et le garde sur sa tête.

Ficelle

(Entrant.)

- Où est-ce que j’ai fourré mon chapeau ?

(Elle le cherche partout.)

Où est-y mon bibi ? Je suis sûre de l’avoir posé sur la table.

(Elle se penche sur la table en écarquillant les yeux, comme si elle examinait une fourmi.)

Ben non, y’a pas de doute ! Il n’est pas là… Alors je l’ai peut-être mis dans le coffre ?

(Elle soulève le couvercle et demande, sans la moindre surprise :)

Bonjour M’sieur. Vous n’auriez pas vu mon chapeau, par hasard ?

Bulldozer

- Ben… non

Ficelle

(Elle referme le coffre.)

- Alors je l’ai mis dans la salle de bains…

Pendant qu’elle y entre, Alpaga sort de l’armoire, pose le chapeau sur la table et retourne se cacher. Ficelle réapparaît, voit le chapeau.)

Ficelle

- Ah ! Ben, si, il est là.

(Elle le pose sur sa tête et sort en chantonnant :)

« C’est moi Ficelle
Je suis très belle
Je suis plus belle
Qu’une poubelle ! »

Le Furet sort de son rideau, se remet à ouvrir le coffre-fort.

Le Furet

- Bon, allons-y sérieusement, cette fois…

Alpaga remonte sur le coffre et se coiffe devant le miroir. Bulldozer essaie de sortir en soulevant le couvercle.

Alpaga

- Ah ! Cher Furet, un tremblement de terre !

Bulldozer

- Ben alors ? Y’a plus moyen d’moyenner ?

Bulldozer sort du coffre en grognant, va dans la cuisine. Alpaga reprend son peignage. Il ramène se cheveux sur son nez.

Alpaga

- Et si je les coiffais en avant ? … Oui, peigné comme ceci, il me semble que je suis encore plus séduisant. Je vais avoir toutes les femmes à mes pieds.

(Tournant son visage vers le public :)

Est-ce que je vous plais, mesdames ?

Bulldozer sort de la cuisine, mordant dans une tarte.

Le Furet

(Sévèrement.)

- Qu’est-ce que tu fais, Bulldozer ?

Bulldozer

- Ben… j’casse la croûte, patron…

Le Furet

- Ah ! non. On cambriole le Professeur Potasse, on ne va pas en plus lui voler sa nourriture ! Ça ne serait pas honnête. Va remettre ça où tu l’as pris !

Bulldozer

- Bien patron.

(Il repart vers la cuisine mais avale une grosse bouchée.)

Le Furet

- Ah ! Je crois que je tiens un chiffre… Il est coriace, ce coffre…

Bulldozer ressort en s’essuyant la bouche avec sa manche.

Alpaga

- Bull, que penses-tu de ma nouvelle coiffure. J’ai de la classe, non ?

Bulldozer

- C’est quoi, la classe ? L’école ?

Alpaga

- Mais non, voyons ! C’est ça, la classe…

(Il marche comme Aldo Maccione.)

Voilà… Tu vois… C’est la classe…

Le Furet

- Ah ! Taisez-vous, je n’y vois plus rien…

Il cherche un moment puis retire son stéthoscope en secouant la tête.

Le Furet

- Rien à faire ! Il va falloir le percer…

Il sort du sac un vilebrequin à l’ancienne et commence à essayer de faire un trou.

Bulldozer

- Dites, patron, v’z’avez rien d’plus moderne que c’t’outil ?

Le Furet

(Agacé.)

- Je n’ai pas les moyens de m’offrir une perceuses électrique, moi ! Quand j’aurai fait fortune, peut-être…

Alpaga

- Il est vrai qu’aujourd’hui le métier de cambrioleur ne rapporte plus grand-chose. Avec les taxes et les impôts, pfttt !

(Il se peigne sur le côté.)

Et sur le côté, comme ceci ? Pas mal, non ? Je ressemble tout à fait à Gérard Jugnot…

Le Furet

(Il fait un faux mouvement)

- Ah ! C’est pas vrai !

Bulldozer

- Qu’est-ce qui s’passe, patron ?

Le Furet

- Je viens de casser la mèche ! Ah, ça, c’est le gros pépin !

Bulldozer

- Alors c’est fichu, notre petit cambriolage ?

Le Furet

(Réfléchissant.)

- Attends… J’ai repéré une quincaillerie dans le centre-ville. Tu vas aller acheter une mèche. Une de la marque La Guimauve, c’est les plus dures.

Bulldozer

- D’accord, patron. J’irai aussi à la crémerie. En passant d’vant la boutique, j’ai senti comme un parfum de camembert…

Bulldozer sort.

Alpaga

- Moi, j’irais bien faire un tour chez le coiffeur…

Le Furet

- Et moi, je vais rester tout seul ?

Alpaga

- Auriez-vous peur, courageux Furet ?

Le Furet

- Moi ? Je n’ai peur de rien !

Le téléphone sonne. Effrayé, le Furet fait un saut en arrière en lâchant son vilebrequin. Il se cache derrière le coffre. C’est Alpaga qui va décrocher le portable. La voix du Professeur Potasse s’élève au bout du fil.

Alpaga

- Allô ?

Professeur Potasse

- Ici c’est le Professeur Potasse. C’est vous Ficelle ?

Alpaga

(Masquant l’appareil de la main.)

- C’est le Professeur Potasse. Qu’est-ce que je fais ?

Le Furet

(Toujours planqué.)

- Réponds, réponds ! …

Alpaga

(Prenant une voix de fausset.)

- Allô ? Ici Ficelle ! La grande et belle Ficelle…

Professeur Potasse

- Tu as une drôle de voix, Ficelle.

Alpaga

- C’est que je suis enrhumée.

Professeur Potasse

- Alors il faut que tu prennes un cachet de décathlon, ensuite une pilule de tyrannosaure et enfin du sirop de cafard écrasé.

(Grimace d’Alpaga.)

C’est excellent contre le rhume. Dis-moi, Ficelle, avez-vous fait bon voyage vous et vos amies ?

Alpaga

- Heu… Oui, Professeur. Tout le monde va bien. Et vous ?

Professeur Potasse

- Ça va bien aussi, je vous remercie. Mon séminaire à Paris est très intéressant. J’appelle parce que j’ai besoin que vous me rendiez un service très important. Écoutez-moi attentivement. J’ai caché dans la maison ma toute dernière invention, un paralyseur.

Alpaga

- Un quoi ?

Le Furet quitte le coffre-fort et vient écouter.

Professeur Potasse

- Un paralyseur. Un appareil qui permet de paralyser les gens.

Alpaga

- Mais qu’est-ce que ça veut dire, ça, paralyser ?

Le Furet mime la paralysie.

Professeur Potasse

- Rester immobile. Quand on est paralysé, on ne peut plus bouger.

Alpaga

- Ah ! Je comprends.

(Regardant le Furet.)

Quand on reste immobile comme un idiot, on est paralysé ?

Le Furet reprend ses mouvements pour regarder Alpaga d’un sale œil.

Professeur Potasse

- Vous avez tout compris, Ficelle.

Alpaga

- Bon, alors il y a un truc paralysant ici ?

Professeur Potasse

- C’est ça. Je voudrais que vous me l’envoyiez ici, à l’Hôtel Excelsior.

Alpaga

- Entendu, Professeur. Et où est-il, cet outil ?

Silence.

Alpaga

- Allô ? Allô, Professeur ? Vous ne répondez pas ? … On dirait qu’il n’y a plus de tonalité…

Le Furet

- Une panne de courant, peut-être ? …

(Il claque des doigts.)

Ça me revient, maintenant, ils ont parlé d’une grève du téléphone…

Alpaga

(Reposant l’appareil.)

- C’est vrai qu’ils sont tout le temps en grève, dans ce pays… Tiens, encore l’autre jour, les raccommodeuses de pantalons se sont mises en grève. Il a fallu que je sorte dans la rue en caleçon.

(Rêveur.)

J’ai eu un certain succès, d’ailleurs…

Le Furet

- Bon, écoute. On sait tout de même qu’il y a ici une invention extraordinaire du Professeur Potasse. Ce paralyseur, ça m’a l’air drôlement intéressant.

Il fait le va-et-vient, les mains dans le dos.

Alpaga

- Je ne vois pas en quoi cela pourrait nous être utile ?

(Alpaga a sorti une glace de poche pour examiner en détail son nez, ses yeux, sa langue en faisant plus ou moins des grimaces.)

Le Furet

- Voyons, Alpaga, réfléchis un peu. Imagine que tu décides de cambrioler… mettons la Banque de France. Tu paralyses les employés et tu n’as plus qu’à te servir.

Alpaga

- Ah ! Je vois… Je pourrais entrer chez les marchands de chemises et me servir sans payer…

Le Furet

- Bien sûr !

Alpaga

- Ah ! Splendide Furet, cela me semble très intéressant !

Le Furet

- Puisque je te le dis ! … Ah ! La barbe ! Voilà encore une des mouflettes…

Ils se cachent.

 
 

 

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