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C'est
moi qui suis Ficelle - Poème
Vous
connaissez mon nom : c’est moi qui suis Ficelle
Sitôt
après on dit que je suis la plus belle
Et
qui donc à part moi aurait des yeux si tendres
Une
voix de pinson que l’on aime à entendre
Des
gestes délicats, un pas harmonieux,
Un
charme incomparable que m’ont donnés les Cieux
Cent
mille qualités en nombre incalculable
Un
cœur si généreux, un courage indomptable
Une
élégance innée, un décorum sublime
Attendez
un instant, où j’ai foutu ma lime
A
ongles ? Est-elle ici ou alors autre part ?
Je
ne sais plus où sont mes trucs. Ah ! Quel pétard !
Je
parie que Françoise a encore mis sont pif
Dedans
mon cagibi où je coiffe mes tifs.
Au
fait, vous ai-je dit que j’ai la chevelure
Aussi
fine il est vrai que du papier pelure ?
Sa
couleur assortie à mon teint délicat
Ressemble
d’assez près à du pipi de chat.
Partout
je suis connue pour mon haleine pure
Qui
évoque, dit-on, une benne à ordures.
Je
suis aimée aussi pour mes jolis grands pieds
Ma
fraîcheur de menton, la chaleur de mon nez
D’où
coule incessamment une goutte constante
Qui
me comble de joie. Je suis toujours contente
De
mêler à mes mots quelques éternuements
Agrémentés
parfois d’un clair toussotement.
Les
propos que je tiens sont pleins d’intelligence
Démontrant
mon esprit et mon air très Régence
Qui
serait assez fou pour se plaindre de moi ?
En
toute modestie, je suis digne d’un roi !
Mais
attendez un peu… Hé ! ne vous sauvez pas !
On
vient tout juste de commencer le repas.
Boulotte
est occupée avec un saucisson
Tout
en guettant de l’œil les tranches de jambon
J’étais
en train de dire, quand vous m’interrompâtes
Tiens !
On a mélangé du chocolat aux pâtes ?
J’en
étais où ? Voyons… Ah ! oui, l’intelligence
Boulotte,
as-tu fini de te remplir la panse ?
Grâce
au ciel me voilà pourvue de tous les dons
Des
qualités, j’en ai ! Je demande pardon
S’il
m’arrive parfois de les perdre de vue.
Pour
plus de sûreté je les passe en revue.
Nous
disons donc : le charme et la délicatesse
La
générosité et aussi la tendresse
Je
suis persévérante et surtout dévouée
Et
je suis prête aussi, je peux vous l’avouer
A
repasser vos cols de chemises et vos guêtres
Mais
surtout à raccommoder votre chaussette
Si
par hasard on voit y figurer un trou.
Je
peux la nettoyer avec du Blanchitout
Je
sais pertinemment arroser les légumes
Avec
du quinquina. Ou soigner un gros rhume
En
avalant un seau bien tassé de vodka
(Un
conseil qui me fut donné par Grand Yaka)
Essayons
de trouver de quoi je suis capable…
Je
crois avoir appris autrefois une table
De
multiplication ou bien de division.
Trois
fois un font dix-sept. J’ai perdu la vision
De
ces chiffres qui sont pour moi bien trop complexes.
Il
me suffit de maîtriser les bons réflexes
Permettant
de gagner au tennis, par exemple.
Je
manie la raquette, le public me contemple
D’un
geste fort adroit, hop ! Je rate la balle.
(C’est
que mon adversaire joue horriblement mal !)
Sinon
j’aurais, bien sûr, depuis longtemps gagné.
Il
faut savoir aussi que je suis mal peignée
Oui,
à cause du vent qui m’a tout décoiffée
Et
ramené mes tifs sur le devant du pif
En
me bouchant la vue. Sachez que le fautif
Est
le mistral perdant. Un vent désagréable
Qui
aveugle les yeux en soulevant le sable.
J’aime
mieux à l’abri pratiquer le ping-pong.
On
se sent protégé, les deux pieds dans les tongs.
Ecoutez
mes amis parce que maintenant
Je
m’en vais vous causer de mon emploi du temps.
Sachez
que je me lève avant tout de bonne heure
Sur
le coup de midi – c’est très tôt, quel bonheur ! –
Après
avoir mangé et fait mon petit pot
Je
suis bien dégourdie et j’ai l’esprit dispos
Je
complète en faisant un peu de gymnastique :
Une
extension des bras, figure acrobatique.
Me
voici fine prête, commençant ma journée
Par
la méditation, posée sur un trépied.
Je
réfléchis ainsi jusqu’à la fin du jour
Méditant
au sujet de mon prochain amour
A
l’instar des gourous qui s’imbibent d’absinthe
Et
sont connus partout comme experts en farniente.
Puis,
ayant achevé ma journée de travail,
Je
grignote un croûton frotté avec de l’ail
Et
vais me mettre au lit, le subconscient serein
Ayant
été utile à mes contemporains.
Parfois
je modifie un peu l’emploi du temps
Pour
fêter comme il faut l’arrivée du printemps
Je
vais à petits pas descendre sur la plage
Où
je m’étends en long, reniflant le fromage
Emanant
de mes pieds. Quel parfum enivrant !
Si
Boulotte était là, elle dirait : « Charmant !
Tes
ripatons transforment la côte d’Eskuala
De
Bayonne à Irun, quel Chanel on a là ! »
Si
je me sens en forme, au sortir du plumard
Après
deux ou trois pas je vais m’asseoir au bar
Où
toute la journée calmement je sirote
Du
café-cacola ou du jus de carotte.
Après
ce jour rempli d’activité intense
Je
retourne à mon lit. C’est mérité, je pense ?
Voilà
donc comment que se déroulent mes jours
C’est
un torrent tranquille, un merveilleux parcours.
Les
péquenots locaux, remplis d’admiration
S’écrient
« Cette Ficelle, c’est l’Administration !
La
diligente abeille, une vraie fonctionnaire !
Elle
connaît le moyen de ne jamais rien faire ! »
J’ai
même entendu dire (mais chut ! soyez discrets)
Que
certains, à Paris, dans des couloirs secrets
Pensent
déjà à moi pour un poste éminent.
Je
serais Ministresse des Reposants Moments.
Rien
n’est encore certain, pourtant je vise haut :
C’est
à Ajaccio que j’aurai mon bureau.
Je
vous ai pas encore parlé de mes amours
Mais
je vais maintenant vous en faire un discours.
Sachez
que ce matin j’ai rencontré Pilie
(Chaque
jour elle me dit que je suis très jolie)
Ma
figure enjouée, ma bouche souriante
Lui
ont fait deviné que je suis très contente.
-
Ah, Ficelle, dis-moi ce qui te rend heureuse ?
De
connaître ton sort, ma foi, je suis curieuse.
J’ai
répondu : - Voilà, voici ce qui m’arrive.
Un
bonheur aussi gros qu’une locomotive !
Si
tu as remarqué les bourgeons florissants
Tu
as pu observer que c’était le printemps
Le
mois du renouveau, le temps des amourettes
Voilà
pourquoi, Pilie, aujourd’hui je suis prête
A
célébrer la joie. Et je puis t’annoncer
Qu’à
partir de ce jour me voilà fiancée !
-
Vraiment ? Alors bravo ! Bon, je te félicite !
Peut-on
savoir qui est ton fiancé d’élite ?
-
Mon fiancé ? Comment ? Tu veux dire… un garçon ?
-
Parbleu ! Aurais-tu donc besoin d’une leçon ?
Ne
sais-tu pas qu’il faut pour fiancé un mec ?
-
Non, je ne savais pas… Ah ! Zut ! Pan sur le bec !
Je
suis bien malheureuse… Mais dis-moi donc, Pilie,
Si
j’étais mariée, faudrait-il un mari ?
-
Hum ! Ma foi, à vrai dire, je connais bien des femmes
Qui
ont pris un époux, d’abord tout feu tout flamme
Qui
après quelques temps est parti en arrière.
Bien
que nommées Madame, elles sont célibataires.
-
Voilà qui me convient ! C’est tout à fait mon style
Je
vais me marier mais rester bien tranquille
Cachée
dans mon logis. Nul besoin d’un bonhomme !
Je
vivrai j’en suis sûre aussi bien qu’une nonne
Tu
peux donc annoncer sous peu mon mariage
-
… Que nous célébrerons en mangeant du fromage ! (*)
(*)
Devons-nous préciser que Boulotte est entrée
Juste
pour prononcer cette phrase embaumée ?
©
Georges Chaulet 2005
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