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Les Trésors de Georges Chaulet

C'est moi qui suis Ficelle

 

Ce manuscrit est publié à titre gratuit sur ce site avec l'aimable autorisation de Monsieur Georges Chaulet et des Éditions Hachette. 

Cette oeuvre ne peut faire l'objet de reproduction ultérieure ni d'exploitation à titre onéreux sans autorisation.

Pour tout renseignement, merci de contacter l'auteur et les Éditions Hachette (Hachette Jeunesse, 45, quai de Grenelle, 75905 Paris Cedex 15).

 

C'est moi qui suis Ficelle - Poème

 

Vous connaissez mon nom : c’est moi qui suis Ficelle

Sitôt après on dit que je suis la plus belle

Et qui donc à part moi aurait des yeux si tendres

Une voix de pinson que l’on aime à entendre

Des gestes délicats, un pas harmonieux,

Un charme incomparable que m’ont donnés les Cieux

Cent mille qualités en nombre incalculable

Un cœur si généreux, un courage indomptable

Une élégance innée, un décorum sublime

Attendez un instant, où j’ai foutu ma lime

A ongles ? Est-elle ici ou alors autre part ?

Je ne sais plus où sont mes trucs. Ah ! Quel pétard !

Je parie que Françoise a encore mis sont pif

Dedans mon cagibi où je coiffe mes tifs.

Au fait, vous ai-je dit que j’ai la chevelure

Aussi fine il est vrai que du papier pelure ?

Sa couleur assortie à mon teint délicat

Ressemble d’assez près à du pipi de chat.

Partout je suis connue pour mon haleine pure

Qui évoque, dit-on, une benne à ordures.

Je suis aimée aussi pour mes jolis grands pieds

Ma fraîcheur de menton, la chaleur de mon nez

D’où coule incessamment une goutte constante

Qui me comble de joie. Je suis toujours contente

De mêler à mes mots quelques éternuements

Agrémentés parfois d’un clair toussotement.

Les propos que je tiens sont pleins d’intelligence

Démontrant mon esprit et mon air très Régence

Qui serait assez fou pour se plaindre de moi ?

En toute modestie, je suis digne d’un roi !

Mais attendez un peu… Hé ! ne vous sauvez pas !

On vient tout juste de commencer le repas.

Boulotte est occupée avec un saucisson

Tout en guettant de l’œil les tranches de jambon

J’étais en train de dire, quand vous m’interrompâtes

Tiens ! On a mélangé du chocolat aux pâtes ?

J’en étais où ? Voyons… Ah ! oui, l’intelligence

Boulotte, as-tu fini de te remplir la panse ?

Grâce au ciel me voilà pourvue de tous les dons

Des qualités, j’en ai ! Je demande pardon

S’il m’arrive parfois de les perdre de vue.

Pour plus de sûreté je les passe en revue.

 

Nous disons donc : le charme et la délicatesse

La générosité et aussi la tendresse

Je suis persévérante et surtout dévouée

Et je suis prête aussi, je peux vous l’avouer

A repasser vos cols de chemises et vos guêtres

Mais surtout à raccommoder votre chaussette

Si par hasard on voit y figurer un trou.

Je peux la nettoyer avec du Blanchitout

Je sais pertinemment arroser les légumes

Avec du quinquina. Ou soigner un gros rhume

En avalant un seau bien tassé de vodka

(Un conseil qui me fut donné par Grand Yaka)

Essayons de trouver de quoi je suis capable…

Je crois avoir appris autrefois une table

De multiplication ou bien de division.

Trois fois un font dix-sept. J’ai perdu la vision

De ces chiffres qui sont pour moi bien trop complexes.

Il me suffit de maîtriser les bons réflexes

Permettant de gagner au tennis, par exemple.

Je manie la raquette, le public me contemple

D’un geste fort adroit, hop ! Je rate la balle.

(C’est que mon adversaire joue horriblement mal !)

Sinon j’aurais, bien sûr, depuis longtemps gagné.

Il faut savoir aussi que je suis mal peignée

Oui, à cause du vent qui m’a tout décoiffée

Et ramené mes tifs sur le devant du pif

En me bouchant la vue. Sachez que le fautif

Est le mistral perdant. Un vent désagréable

Qui aveugle les yeux en soulevant le sable.

J’aime mieux à l’abri pratiquer le ping-pong.

On se sent protégé, les deux pieds dans les tongs.

 

Ecoutez mes amis parce que maintenant

Je m’en vais vous causer de mon emploi du temps.

Sachez que je me lève avant tout de bonne heure

Sur le coup de midi – c’est très tôt, quel bonheur ! –

Après avoir mangé et fait mon petit pot

Je suis bien dégourdie et j’ai l’esprit dispos

Je complète en faisant un peu de gymnastique :

Une extension des bras, figure acrobatique.

Me voici fine prête, commençant ma journée

Par la méditation, posée sur un trépied.

Je réfléchis ainsi jusqu’à la fin du jour

Méditant au sujet de mon prochain amour

A l’instar des gourous qui s’imbibent d’absinthe

Et sont connus partout comme experts en farniente.

Puis, ayant achevé ma journée de travail,

Je grignote un croûton frotté avec de l’ail

Et vais me mettre au lit, le subconscient serein

Ayant été utile à mes contemporains.

 

Parfois je modifie un peu l’emploi du temps

Pour fêter comme il faut l’arrivée du printemps

Je vais à petits pas descendre sur la plage

Où je m’étends en long, reniflant le fromage

Emanant de mes pieds. Quel parfum enivrant !

Si Boulotte était là, elle dirait : « Charmant !

Tes ripatons transforment la côte d’Eskuala

De Bayonne à Irun, quel Chanel on a là ! »

Si je me sens en forme, au sortir du plumard

Après deux ou trois pas je vais m’asseoir au bar

Où toute la journée calmement je sirote

Du café-cacola ou du jus de carotte.

Après ce jour rempli d’activité intense

Je retourne à mon lit. C’est mérité, je pense ?

Voilà donc comment que se déroulent mes jours

C’est un torrent tranquille, un merveilleux parcours.

Les péquenots locaux, remplis d’admiration

S’écrient « Cette Ficelle, c’est l’Administration !

La diligente abeille, une vraie fonctionnaire !

Elle connaît le moyen de ne jamais rien faire ! »

J’ai même entendu dire (mais chut ! soyez discrets)

Que certains, à Paris, dans des couloirs secrets

Pensent déjà à moi pour un poste éminent.

Je serais Ministresse des Reposants Moments.

Rien n’est encore certain, pourtant je vise haut :

C’est à Ajaccio que j’aurai mon bureau.

 

Je vous ai pas encore parlé de mes amours

Mais je vais maintenant vous en faire un discours.

Sachez que ce matin j’ai rencontré Pilie

(Chaque jour elle me dit que je suis très jolie)

Ma figure enjouée, ma bouche souriante

Lui ont fait deviné que je suis très contente.

-   Ah, Ficelle, dis-moi ce qui te rend heureuse ?

De connaître ton sort, ma foi, je suis curieuse.

J’ai répondu : - Voilà, voici ce qui m’arrive.

Un bonheur aussi gros qu’une locomotive !

Si tu as remarqué les bourgeons florissants

Tu as pu observer que c’était le printemps

Le mois du renouveau, le temps des amourettes

Voilà pourquoi, Pilie, aujourd’hui je suis prête

A célébrer la joie. Et je puis t’annoncer

Qu’à partir de ce jour me voilà fiancée !

-   Vraiment ? Alors bravo ! Bon, je te félicite !

Peut-on savoir qui est ton fiancé d’élite ?

-   Mon fiancé ? Comment ? Tu veux dire… un garçon ?

-   Parbleu ! Aurais-tu donc besoin d’une leçon ?

Ne sais-tu pas qu’il faut pour fiancé un mec ?

-   Non, je ne savais pas… Ah ! Zut ! Pan sur le bec !

Je suis bien malheureuse… Mais dis-moi donc, Pilie,

Si j’étais mariée, faudrait-il un mari ?

-   Hum ! Ma foi, à vrai dire, je connais bien des femmes

Qui ont pris un époux, d’abord tout feu tout flamme

Qui après quelques temps est parti en arrière.

Bien que nommées Madame, elles sont célibataires.

-   Voilà qui me convient ! C’est tout à fait mon style

Je vais me marier mais rester bien tranquille

Cachée dans mon logis. Nul besoin d’un bonhomme !

Je vivrai j’en suis sûre aussi bien qu’une nonne

Tu peux donc annoncer sous peu mon mariage

-   … Que nous célébrerons en mangeant du fromage ! (*)

 

(*) Devons-nous préciser que Boulotte est entrée

Juste pour prononcer cette phrase embaumée ?

 

© Georges Chaulet 2005

 
 

 

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