FANTOMETTE ET LE MYSTERE DE MUNSTERBERG

LE projet du XXIème siècle : de nouveaux romans de Fantômette !

FANTOMETTE ET LE MYSTERE DE MUNSTERBERG

Messagepar chacha » Mer Déc 08, 2004 2:55 pm

CHAPITRE PREMIER - En routeUn rayon de soleil insolent percuta l'oeil gauche de Méphisto , qui s'étira en grognant de contentement . Ce bruit famillier réveilla Fantômette , elle jeta un regard sur son réveil en forme de coccinelle , cadeau de son ami Oeil de Lynx , il était 8 heures .La journée s'annonçait radieuse et mouvementée ; la classe de Mademoiselle Bigoudi était en effet invitée , à l'occasion du jumelage de Framboisy avec Sapin sur Moselotte , une petite ville des Vosges , à passer une semaine dans cette région de l'est de la France . L'invitation avait été lancée lorsque la délégation vosgienne emmenée par Monsieur Touron , le maire , était venue à Framboisy pour présenter lors d'une soirée , avec diapos et vin d'honneur , leur ville et les vallées environnantes. Le rendez vous était fixé à 10 heures sur la place Théodore Théophile , Fantômette s'habilla rapidement et finit l'inventaire de son sac de voyage ,ce qui fût fait en peu de temps , quelques vêtements légers , un gros pull pour les soirées fraîches et des affaires de toilette composèrent l'essentiel de ses bagages .Fantômette déposa Méphisto chez Madame Comaire , sa nouvelle voisine , c'était une femme entre deux âges à la figure avenante , elle adorait les chats et accueillit Méphisto avec un grand bol de lait , Fantômette la remercia et se dirigea vers la place principale .Le soleil était déjà haut en ce début juin , les rues étaient calmes et des odeurs de fraises embaumaient l'air à proximité du magasin de Monsieur Granfrais , le marchand de primeurs.< Tiens , voilà Françoise , s'exclama ficelle , une grande fille aux cheveux raides comme des baguettes , tu ne prends que ce petit sac ? >- Oui , je n'ai pris que le nécessaire , rétorqua Françoise en passant ses doigts dans ses boucles brunes .- eh bien , moi je suis prévoyante affirma Ficelle , monsieur Touron nous a dit qu'il y avait de nombreux lacs dans les Vosges , alors dans le sac bleu , il y a un masque , des palmes et un livre sur les monstres marins car, parait il, on raconte des histoires sur le monstre du lac Forlet.- Dans ce cas , tu devrais emmener aussi " j'apprends à nager en dix leçons ", ironisa Françoise .Ficelle ne releva pas et continua la description de ses bagages.- dans le sac rouge , il ya un appareil photo et des jumelles pour observer le grand tétras , aussi appelé coq de bruyère , il n'y en a plus qu'une centaine dans toute la région et si je peux le prendre en photo , je serai sûrement invitée au congrès mondial d' oritonologie....- de quoi , demanda Françoise ?- eh bien , des savants qui s'intéressent aux oiseaux , argumenta Ficelle- D'ornithologie , rectifia Françoise .- si tu veux , maugréa Ficelle.Toute cette discussion était suivie par une troisième fille blonde et joufflue, occupée à finir un énorme millefeuille et prénommée Boulotte.Lorsque la dernière bouchée fut engloutie , elle dit en désignant un énorme sac brun , c'est mon sac de survie , il y a des boites de petits pois , des sardines de la marque " Kisanfor " les plus savoureuses , du nougat , des biscuits....- je ne pense pas que tu ais besoin d'autant de provisions , assura Ficelle , Monsieur Touron nous a affirmé que dans le centre de vacances qui va nous accueillir , les repas sont copieux et consistants .- je sais , assura Boulotte , je me suis renseignée , on mange de la potée aux choux avec du lard , des gratins de pommes de terre au délicieux fromage de Munster , mais on ne sait jamais , il faut toujours une petite réserve de secours .- Allons Mesdemoiselles , venez ici , s'écria en frappant dans ses mains Mademoiselle Bigoudi , je vous présente ma soeur jumelle Georgetine qui va nous accompagner pour ce séjour .- c'est bizarre , s'exclama Ficelle pour des jumelles , elles ne se ressemblent pas du tout !- ce sont des jumelles dizygotes autrement appelées fausses jumelles , précisa Françoise- sûrement , approuva Ficelle en observant la nouvelle venue . Elle avait un visage rond qu'un large sourire illuminait , elle a l'air sympathique conclut la grande fille.Un vrombissement se fit entendre et l'autocar arriva sur la place .- Cornegidouille ! s'exclama Ficelle , c'est le nouveau modèle grand luxe avec des sièges à triples suspensions , ce voyage va être mirifiquement agréable .la grande fille , encombrée par ses sacs , se dirigea avec ses amies vers l'autocar , ce séjour s'annonçait magnifique .***********************************************************************************
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Messagepar Charlotte » Mer Déc 08, 2004 10:12 pm

Chapitre IILe voyage fut plutôt agréable, nos trois amies ayant pu s’asseoir non loin l’une de l’autre –Ficelle côté allée, Françoise côté fenêtre et Boulotte entre les deux–. De plus, la joyeuse ambiance régnant dans l’autobus « faisait passer le temps beaucoup plus vite qu’une journée de classe », comme le fit remarquer Ficelle. Et, pour une fois, Mlle Bigoudi se montra indulgente à l’égard de ses élèves, occupée qu’elle était à expliquer à sa sœur le nouveau système de réforme scolaire. Les charmants étudiants purent donc chanter tout à leur aise des chansons, dont le grand succès de Ficelle : « Conducteur, conducteur, dormez-vous? Dormez-vous? (…) » (à chanter sur l’air de Frère Jacques). À l’arrivée, cette bonne humeur cessa soudain lorsque Mlle Bigoudi s’écria de toute la puissance de ses poumons : « Bon! Comme vous le savez déjà, nous avons pour nous loger deux grandes bâtisses avec plusieurs chambres chacune. Les garçons prendront la première, et les filles la seconde. Afin d’éviter tout remue-ménage, je ferai la composition des chambres moi-même… »Entendant des huées de protestation, l’institutrice aurait probablement sévi si sa propre sœur n’avait courageusement pris la parole : « Je crois, ma sœur, que nous devrions laisser ces chers élèves choisir eux-mêmes leurs compagnons de chambre! » Mlle Bigoudi soupira, jeta un bref regard à sa sœur et aux élèves implorants, puis fit un geste de la main : « C’est bon! Mais pas plus de six par chambre, et soyez certains que je sévirai si le moindre incident survient! Et j’insiste pour que… ». Elle ne put terminer sa phrase : les élèves s’étaient déjà rués pour entrer dans les deux vieilles baraques de bois. Elle soupira, et finit par marcher en direction d’un chalet plus moderne, qui abritait la cuisine, une grande salle à manger, une salle de séjour, et où elle et sa sœur logeraient. Pendant ce temps, Ficelle s’était précipitée et avait ouvert la première porte qui lui tomba sous la main : une petite chambre où étaient entassés six petits lits, trois au niveau du sol et trois autres superposés aux premiers. « Moi, dit Boulotte qui l’avait suivie plus lentement, je prendrai une couchette du bas, je n’aime pas à monter une échelle. » Françoise, elle, grimpa avec agilité quelques échelons et déposa son sac de voyage sur un des lits du haut. Ficelle, elle, insista pour avoir un lit en haut et près de la fenêtre. Peu après, trois autres filles, Ariane, Catherine et Paulette, se répartirent les couchettes restantes, et repartirent sans attendre, le dîner venant d’être annoncé. Boulotte les suivit de près, se contentant de murmurer « Miam miam, un bon ragoût de boeuf! Qui l’aime me suive! ». Ficelle resta dans l’embrasure de la porte, attendant manifestement Françoise, qui regardait par la fenêtre depuis un bon moment. « Alors, tu viens?- Oui, oui, répondit la brunette, va devant, je te suis.- Mais qu’est-ce qu’il a, le paysage? Tu devrais plutôt suivre mon exemple et dessiner au marqueur sur la vitre, au moins ça te ferait faire quelque chose d’utile!- Ce n’est pas le paysage, marmonna Françoise, il me semble avoir aperçu une connaissance, dehors, parmi les villageois. Oh, et tant pis, allons rejoindre Boulotte », déclara-t-elle en détournant son regard de la fenêtre.************************************************************
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Messagepar Pétronille » Jeu Déc 09, 2004 9:41 pm

CHAPITRE IIILe réfectoire était déjà bondé, des rires et cris de joies fusaient de part et d’autre des grandes tables sommairement alignées. Une dizaine de têtes de cerf empaillées et poussiéreuses ornaient les murs et semblaient lorgner le contenu des assiettes des convives. Les trois jeunes filles prirent place à côté de Paulette, Catherine et Ariane qui s’étaient déjà lancées dans la dégustation du fameux ragoût (ressemblant étrangement à des spaghettis bolognaises). Pendant que Boulotte s’indignait à la vue du plat déjà fortement entamé, Georgetine apparut sur le seuil de la salle.C’était une femme joviale et très colorée : ses cheveux rouge se mariait admirablement bien avec les paillettes bleues électriques dont ses paupières étaient recouvertes. Elle s’assit face à Ficelle et une odeur de patchouli parvint aux narines délicates de la grande fille :- "Vous sentez drôlement bon m’dame ! - Je te remercie, ma brave enfant : c’est à cause de mes problèmes de transpiration de pieds, je dois les parfumer plusieurs fois par jour. N’ai je pas forcé sur la dose ? - Pas du tout, m’dame. Moi j’ai une arme redoutable contre les odeurs de pied, j’enfile trois ou quatre paires de chaussette l’une sur l’autre, ça m’évite de devoir ma laver tous les jours ! - C’est vraiment une bonne idée, d’autant que ce procédé me permettrait de mettre mes deux paires de chaussettes préférées en même temps : les roses zébrées sur les blanches à pois noirs, ça serait exquis !"La grande fille se mit à observer Georgetine avec attention :- "Vous savez m’dame, vous ne ressemblez vraiment pas du tout à votre sœur jumelle, et je peux vous dire pourquoi : parce-que vous êtes zygotes.- Dizygotes, reprit Françoise- Oui dizygotes, c’est exactement ce que je viens de dire ! - Effectivement, approuva Georgetine, nous n’avons en commun que deux choses : notre jour de naissance et notre myopie sévère.- Vous ne portez pourtant pas de lunettes ! intervint Françoise.- Oh non, c’est bien trop laid.- Et comment faites-vous pour lire dans ce cas ? interrogea la brunette.- Je ne lis jamais, d’ailleurs j’ai l’habitude de ne pas y voir clair".Georgetine et Boulotte étant dotées d’un immense appétit, une charmante jeune fille vint leur apporter un nouveau plat de spaghettis à l'odeur de ragoût.- "C’est suprêmement délicieux" dit Georgetine en se servant généreusement. Au fil du repas, son rouge-à-lèvre "bleu des mers du sud" avait tendance à s'étendre jusqu'aux oreilles.- "C'est vrai admit Boulotte mais j'ai une recette bien meilleure dans mon manuel "comment cuisiner les pâtes en 10 leçons, page 69.- Cornegidouille, 69 ! s’écria la grande ficelle, c’est mon chiffre porte-bonheur, c’est mirifique ! Ah et j'y pense, j’ai également mon trèfle à trois feuilles en plastique bleu, je vais vous le montrer ".La grande asperge se mit à vider le contenu de ses poches sur la table : un paquet de mouchoir vide, un chewing-gum à moitié entamé, une carte de bus périmée, un miroir brisé, un porte-clefs avec une rose en plastique dessus mais pas de clefs, une clef sans porte-clefs, une feuille pliée un nombre incalculable de fois mais pas l’ombre du fameux trèfle.- "J’ai dû le laisser sur la table de nuit ou dans l’armoire à pharmacie, à moins qu’il ne soit chez ma tante Pétrussia.- Qu’est-ce-que ce papier chiffoné ? demanda Françoise pour couper court aux investigations infructueuses de la grande étourdie.- Ah ça, c’est un dessin de Fantômette offert par mon amie Laurence".En un instant, toute la table se trouva en état d'ébullition intense. Le seul fait de prononcer ce nom provoquait toujours des raz-de-marées dans le comportement des filles de Framboisy !Fantômette la fameuse justicière masquée qui pourchassait les voleurs la nuit et étudiait studieusement la journée ne cessait de fasciner ... Qui était-elle réellement ?La grande ficelle se mit à déplier la feuille, ce qui provoqua des cris admiratifs :- "Il est superbe ce dessin !- Donnes-le moi ! - Hors de question, d’ailleurs je vais le punaiser près de mon lit dans notre chambre !- Il faut avouer que ton amie s'en tire plus que bien…" murmura Françoise. L’arrivée de mademoiselle Bigoudi en bout de table calma les ardeurs de chacune. Ficelle rangea rapidement son dessin dans la poche secrète de son gilet.- "Mesdemoiselles ! Je viens vous annoncer le programme de demain : bus jusqu’au lac Forlet plus couramment appelé étang des truites puis camping sur place la nuit prochaine".Un « youpi » collectif s’éleva rapidement suivi du claquement sec de la main rude de mademoiselle bigoudi sur la table en chêne (ou plutôt en imitation vaguement ressemblante).- "Ma sœur ici présente sera, j’en suis sûre, ravie de vous jouer quelques airs sur sa guitare.- Oui et je pourrai également leur raconter des légendes effrayantes !"Melle Bigoudi lui affligea un regard accusateur.- "Euh, je voulais dire que ce sera une journée excellente.- Bien termina l’institutrice, il est temps d’aller vous doucher et de passer au lit".Chacun se leva dans un vacarme terrible de chaises négligemment repoussées et de bousculades intempestives pour se ruer vers les salles de bain. Les toilettes furent rapidement effectuées, surtout pour Ficelle qui ne se lava que le bout du nez.Un quart d’heure plus tard, tout le monde dormait d’un sommeil profond. Seule une ombre pourvue d’un pompon, se dessinait sur le mur blanchâtre de la chambre des filles.******************************************
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Messagepar Fofo » Sam Déc 11, 2004 11:16 am

CHAPITRE IVA Sapin sur Moselotte, les habitants ont gardé des siècles passés l’habitude de regagner leur foyer chaque soir à la tombée de la nuit. Non pas pour se coucher tôt et se lever au point du jour afin d’être de bonne heure dans les champs, comme autrefois, mais pour ne pas manquer Celebrity Academy à la télévision.Il était 11 heures du soir, et il n’y avait plus personne dans les rues. Pourtant, le chat du Père Michel, commodément assis sur le rebord de la fenêtre, dressa soudain les oreilles. Il avait cru distinguer une ombre dans la rue. L’ombre étant passée, l’animal se rendormit.Si le félin avait été un peu moins paresseux et un peu plus curieux, il aurait pu, en s’approchant un peu, voir que cette ombre était celle d’une jeune fille masquée, coiffée d’un bonnet à pompon noir, et enveloppée dans une cape de la même couleur... Lecteur, ai-je besoin de te présenter l’immortelle Fantômette ?La justicière avançait précautionneusement vers une petite maison blanche au toit en ardoise, à l’angle de la place principale. Au dernier étage, l’une des fenêtres était illuminée.« Voyons... Pas d’arbre à proximité, pas d’échelle de secours, pas d’escalier de service... Je n’ai pas tellement le choix, il me semble. C’est parti ! »Fantômette s’approcha de l’angle de la maison et entreprit d’escalader le long du mur en s’agrippant à la gouttière. Quelques minutes plus tard, elle était sur le toit.Là, une bonne surprise l’attendait : devant elle, quelques mètres plus loin, se tenait un vasistas entrouvert, lui-même illuminé. Fantômette s’en approcha sans faire plus de bruit qu’un chat, se coucha sur le toit, et jeta un coup d’œil vers le bas.Un homme se tenait juste en dessous de la fenêtre, penché sur un bureau, un crayon à la main, apparemment très concentré sur ce qu’il avait sous les yeux. Au moment où Fantômette se penchait, il se redressa pour attraper une gomme sur le côté du bureau. Son mouvement ne permit par à Fantômette de voir quel était le document qui le tenait ainsi occupé, mais il fut suffisant pour qu’elle voit son visage. Elle eu un sourire satisfait.« C’est bien ce qu’il me semblait... C’est ce cher Rocamadour. Je ne m’étais pas trompée. »Rocamadour était l’un des innombrables voleurs que Fantômette avait envoyés en prison au cours de sa carrière de justicière. A l’époque, sa curiosité avait été éveillée par un article de France-Flash évoquant des vols peu communs.Le retour du passe-muraille ?Depuis quelques semaines, des vols mystérieux ont lieu à Moucheton-Nay, petite ville de Marne-et-Oise. Certaines banques et de nombreuses bijouteries ont vu disparaître de l’argent ou des pierres précieuses sans qu’aucune trace d’effraction n’ait pu être constaté. Le commissaire Maigrelet, appelé sur les lieux, a avoué qu’aucune empreinte digitale ni aucun indice n’avaient pu être relevé. « Je n’y comprends rien, a déclaré l’un des bijoutiers. J’avais verrouillé la porte et la grille moi-même le soir, et je les ai retrouvées exactement dans le même état le matin. On dirait que ce bandit passe à travers les murs ! »Le plus curieux, cependant, c’est qu’à chaque fois, le mystérieux voleur n’emporte que quelques billets de banques ou une demi-douzaine de diamants, jamais plus, comme s’il ne voulait pas risquer de ruiner ses victimes...Intriguée, Fantômette avait mené l’enquête, et avait fini par retrouver la trace du voleur en repérant l’un des diamants chez un receleur des bijoux. Il s’agissait d’un homme d’une quarantaine d’année qui se faisait appeler Rocamadour et qui n’avait qu’une passion : inventer toutes sortes de gadget plus ou moins utiles mais tous parfaitement fonctionnels, comme l’appareil-à-ranger-les-livres-par-ordre-alphabétique-sur-les-étagères, la tondeuse-à-gazon-épargnant-les-marguerites, ou l’éplucheur-de-kiwi-entièrement-automatique (machine faisant un bon demi-mètre de diamètre). Une fois confronté à la police, il avait tout avoué sans difficulté, expliquant que l’Etat avait refusé de le subventionner pour son travail et qu’il avait été contraint de trouver d’autres formes de financements. Il avait conclu en disant qu’il espérait ne pas avoir causé de gros torts à quiconque. Avant d’être emmené, il avait offert à Fantômette l’une de ses inventions les plus réussies : un ouvre-portes, sorte de clef universelle à laquelle aucune serrure ne résistait. Il semblait ravi à l’idée que quelqu’un apprécie enfin son génie.« Je me demandais bien ce qu’il était devenu, murmura Fantômette, toujours penchée vers le vasistas. Je me souviens qu’il s’est évadé peu après son arrestation grâce à une scie de son invention, qui découpait les murs comme du beurre... Et depuis, il me semble qu’il a été amnistié. J’espère qu’il est devenu honnête. Ce serait dommage de gâcher tant de talent ! »A ce moment-là, Rocamadour s’écarta de la table, referma d'un geste vif le dossier qu'il était occupé à étudier, le mit sous son bras, et sortit de la pièce en éteignant la lumière.Mais Fantômette avait eu le temps de lire le titre du dossier.
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Messagepar PatriSerge » Ven Jan 28, 2005 2:19 am

CHAPITRE VLa jeune aventurière entendit Rocamadour mettre son pardessus: il se préparait à sortir. Aucun doute possible, l'homme s'apprêtait à passer à l'action. Fantômette se dépêcha de quitter le vasistas et de se laisser glisser le long de la gouttière aussi vite que possible tout en restant parfaitement silencieuse car Rocamadour ne devait à aucun prix s'apercevoir de sa présence.Souple comme un félin, elle sauta sur le sol juste avant qu'il n'ouvre la porte de la maison. Rocamadour sortit sans précipitation, tenant un vaste sac de cuir à la main.Ce que notre héroïne avait lu sur le dossier était sans équivoque; il s'agissait des plans du système d'alarme du Crédit Vosgien, l'unique banque de Sapin-sur-Moselotte, que l'audacieux cambrioleur s'apprêtait sans nul doute à dévaliser!Fantômette suivait notre homme à bonne distance. Toute la ville était paisible et semblait même déjà endormie. La justicière avait du mal à croire que cette tranquille bourgade du coeur des Vosges, qui n'avait connu jusqu'à présent que quelques vols de voitures et des braconnages dans les campagnes environnantes allait être le théâtre d'un audacieux cambriolage.L'homme et la justicière descendirent le boulevard Jean Naymard, passèrent devant quelques commerces évidemment fermés à cette heure tardive: le bar Bapapa, la librairie-papeterie Creillon, le garage Soupape. Puis ils traversèrent sans s'arrêter la place des Flamants verts, hommage de la ville à son fondateur qui était daltonien, croisèrent la rue Minant et la rue Tabaga avant de tourner à droite pour se retrouver sur l'avenue Méraut. Qu'auraient pensé les Sapinois si, au lieu d'être plongés dans leurs rêves, ils avaient regardé par leurs fenêtres et vu cette espèce de diable masqué se faufilant dans les rues aussi silencieusement qu'un chat, sur les traces d'un homme à l'apparence aussi paisible que Rocamadour.Ce dernier stoppa devant le 10 bis de l'avenue Méraut: les locaux du Crédit Vosgien!Fantômette se blottit derrière une voiture au moment où Rocamadour regardait autour de lui pour s'assurer qu'il était bien seul. Il sortit alors du sac de cuir un appareil bizarre, une sorte de boîte munie de boutons, de la dimension d'un gros poste de radio. Il consulta une dernière fois son plan et après avoir mesuré la longueur du mur à l'aide d'un mètre dépliant, il vint plaquer l'appareil sur le mur de la banque, entre 2 affiches vantant les mérites, l'une du parti F.R.I.P.O.N. (Féderation Royaliste Indépendante des Partisans d'une Organisation Nationale), l'autre de ses adversaires du G.R.E.D.I.N. (Groupe Rassemblé de l'Entente des Défenseurs Intransigeants de la Nature). Quelques secondes après, un déclic se produisit à l'intérieur de la banque."Mille pompons, se dit Fantômette, encore une de ses inventions! Cet appareil vient de couper non seulement l'électricité mais aussi les batteries de secours du système d'alarme, qui se retrouve hors-service! Ah! le fripon, le gredin!"Tranquillement, Rocamadour sortit alors un autre objet plus petit (Tiens, il a fabriqué un nouvel ouvre-portes automatique, remarqua notre héroïne) et le posa sur la serrure de l'entrée principale qui s'ouvrit aussitôt sans déclencher comme prévu la moindre sonnerie d'alarme. Le malfaiteur entra dans la banque, muni d'une puissante lampe-torche."Il faut que je l'arrête" se dit Fantômette qui approcha prudemment et regarda par le coin d'une fenêtre. Le cambrioleur eut alors une attitude étrange; au lieu de se diriger vers la salle des coffres ou vers les caisses, il ouvrit une porte surmontée de l'inscription "Administration-Bureaux", entra dans ces locaux et disparut. La banque se retrouva dans le noir."Pourquoi va-t-il dans un endroit où il n'y a pas d'argent? pensa la jeune aventurière. Je n'y comprends rien!" En un instant, sa décision fut prise: elle maîtriserait le voleur avant qu'il ne ressorte.La clarté de la lune pouvait suffire sur le trottoir, pas à l'intérieur. Fantômette sortit d'une poche secrète une lampe pas plus grande qu'un domino, et l'alluma aussitôt. Elle entra dans la banque, se dissimula derrière un grand bureau, éteignit sa lampe et attendit. *****"Il gagne du terrain!" hurla la grande Ficelle à Boulotte et à Françoise. Les trois amies se trouvaient à bord d'un canot à moteur fendant les eaux d'un immense lac entouré de magnifiques forêts de sapins. L'idée était de Ficelle qui avait affirmé pouvoir hynopitser le monstre qui avait la réputation de hanter le lac Forlet, à la manière du magicien Hindrapour en le fixant avec ses yeux perçants. A défaut Ficelle pensait pouvoir le charmer avec la musique douce et subtile de sa trompette.Mais lorsque le monstre mi-poisson mi-dragon avait surgi, la grande fille avait oublié trompette et regards perçants et s'était hâtée de changer de cap."1 kilomètre avant la berge, dit Françoise. Ficelle, le carburant?-Horreur, gémit la grande asperge en regardant le réservoir.-Il n'y en a pas assez?-Non, il y en a trop, de quoi faire 2 ou 3 kilomètres!-Mais ça ne fait rien, grande nouille!-Tu es sûre?-Evidemment!"Alors que le canot allait atteindre le rivage, le monstre l'avait rejoint et s'apprêtait à engloutir les trois amies, armé d'une multitude de dents en forme de poignard."Fantômette, au secours!" hurla la grande Ficelle qui se réveilla en sursaut tout en dégringolant du haut de sa couchette. Toute la maisonnée fut réveillée aussitôt. Une chemise de nuit dans laquelle se trouvait Mademoiselle Bigoudi surgit alors; l'institutrice avait une lampe de poche à la main et l'air furieux. Georgetine, qui avait dégringolé aussi de sa couchette, mais à cause de sa myopie, lui conseilla de ne pas trop sermonner son élève."La malheureuse a du faire un cauchemar.-Oui, mam'zelle."Tout en frottant sa jambe gauche endolorie, Ficelle raconta son rêve."Ce n'est rien, vous avez été impressionnée par cette légende du monstre du lac Forlet, près de château de Munsterberg, que des Sapinois nous ont racontée hier. Allez, il faut vous rendormir."Mais son élève n'était pas convaincue.-Et si c'était un rêve promontoire?-Vous voulez dire prémonitoire? Mais non, c'est ridicule. Allez, nous nous levons tôt demain pour aller voir le lac Forlet, il faut dormir à présent."La grande étourdie avait l'impression que l'on se moquait d'elle. Ariane souriait et même la petite Annie Vercère lui lançait des regards ironiques depuis le couloir. Dans la confusion qui avait suivi l'incident, personne n'avait remarqué l'absence de Françoise.Ficelle se remonta elle-même le moral en admirant le superbe dessin de Laurence représentant Fantômette qu'elle avait épinglé sur le mur de la chambre. Rassérénée, elle remonta sur sa couchette."Tiens, Françoise n'est pas là.-Elle a dù avoir faim et est allée chercher à manger aux cuisines, suggéra Boulotte.-Non, elle est sûrement allée prendre l'air, il fait une chaleur suraccablante dans ces chambres" décréta la jeune farfelue.Ficelle ne s'inquiéta pas pour son amie et se rendormit presque paisiblement. Non, Ficelle n'avait pas de prémonitions, car si elle avait su ce que lui réservaient les prochains jours, elle aurait eu du mal à fermer l'oeil... *****Cela faisait plus de vingt minutes que Fantômette attendait dans le noir. Elle avait réfléchi et était très déçue par l'attitude de Rocamadour. Au fond, elle avait toujours eu un certain respect et même de la sympathie pour ce cambrioleur pas comme les autres, qui n'avait jamais tenté de l'assassiner, s'était montré chevaleresque en lui offrant l'ouvre-serrures universel et n'avait opéré que peu de temps et dans le seul but de financer ses expériences. Depuis son amnistie, il n'avait plus fait parler de lui.Pourquoi s'attaquait-il à cette petite banque provinciale alors qu'avec ses deux inventions il avait la possibilité de cambrioler des établissements plus connus et mieux approvisionnés?"Pour l'instant, je ne comprends pas pourquoi il agit ainsi; est-il devenu un voleur vulgaire et cynique, agit-il par vengeance, est-il victime d'un chantage? Mais aussi vrai que je m'appelle Fantômette, j'arriverai à le savoir! L'important pour l'instant est de l'empêcher de commettre son forfait."Au bout d'une demi-heure, Fantômette se sentit des fourmis dans les jambes et décida d'aller voir ce que son adversaire faisait dans ces bureaux. Elle avança à pas de loup jusqu'à la porte, passa la tête par l'entrebaillement et braqua sa lampe-domino: personne!Elle décida d'entrer dans la pièce, mais à peine eut-elle franchi la porte qu'un bras la saisit fermement pendant qu'une main plaquait sur son visage un chiffon dégageant une forte odeur de médicament.En un éclair, Fantômette compris que Rocamadour avait repéré sa surveillance, était allé chercher un narcotique dans l'armoire à pharmacie destinée au personnel de la banque et avait tranquillement attendu derrière la porte qu'elle vienne à sa recherche. Fantômette se débattit, donna des coups de pieds mais Rocamadour avait toujours été vigoureux. Elle essaya de saisir son poignard florentin mais au moment où elle allait l'atteindre, le chloroforme commença à agir. La justicière sentit le sol se dérober, vit une nuée d'étoiles, et alors tout devint noir.
Dernière édition par PatriSerge le Dim Aoû 21, 2005 2:08 am, édité 2 fois.
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Messagepar Renaud » Jeu Fév 10, 2005 1:16 am

CHAPITRE VI - Ficelle cryptozoologueUn rayon de soleil éblouissant l’empêchait d’ouvrir les yeux malgré ses efforts. Fantômette émergeait à grand peine de sa torpeur artificielle. Elle n’avait pas encore entièrement recouvré ses esprits, mais déjà les questions se bousculaient dans son crâne engourdi. Où se trouvait-elle ? Elle était recroquevillée sur un sol particulièrement inconfortable, qui lui semblait constitué de bosses pointues, peut-être des galets ? Ses membres étaient glacés par l’humidité environnante, bien qu’elle était soigneusement enveloppée dans sa cape. Qui l’avait ainsi bordée avec délicatesse, et lui avait disposé sous la tête cette moelleuse touffe d’herbes sèches ? Le regard malicieux de Rocamadour revenait peu à peu à l’esprit de la jeune justicière, tandis que se dissipaient les dernières brumes chimiques et que des cris hystériques achevaient de la ranimer : « …Fantômette…féérique…surprise ! …monstre du Lac Forlet! … ».************ « Savez vous que, contrairement aux apparences, les collines qui nous entourent ne sont pas recouvertes exclusivement de sapins (dont le nom latin est Abies alba), mais qu’elles présentent également de vastes boisements d’épicéas (en latin Picea abies) ? Il est très difficile pour un néophyte de distinguer ces deux conifères, qui se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Retenez bien la méthode qui vous permettra infailliblement de différencier ces deux essences : les aiguilles du sapin se présentent à plat, comme un peigne, tandis que celles de l’épicéa sont disposées en rond autour du rameau, à la manière d’une brosse à cheveux. Vous aurez aujourd’hui le plaisir de mettre en pratique ces connaissances botaniques, au cours de notre excursion au lac Forlet. »Ne perdant aucune occasion d’instruire ses élèves, Mademoiselle Bigoudi mettait à profit le temps du petit-déjeuner pour leur inculquer des notions indispensables sur la flore vosgienne. Georgetine n’écoutait sa sœur que d’une oreille, tandis que de l’autre, dans laquelle elle avait introduit l’écouteur d’un baladeur mp3, elle ouïssait les rythmes trépidants d’une musique folklorique guatémaltèque, dont elle était férue.Disposant quant à elle de ses deux oreilles pour suivre la leçon de son institutrice, Boulotte n’en était pas moins distraite. La ronde épicurienne était radieuse. Elle se régalait en dégustant le roboratif petit-déjeuner traditionnel sapinois :- une soupe au chou et aux escargots (dite à la Chantou, du nom de son inventeuse, une éminente spécialiste gastronomique vosgienne)- une grosse saucisse du lac Forlet, grillée aux petits oignons et nappée d’une fondue de munster et de crème fraîche- une tourte de pommes de terre et de saindoux fumé,Le tout étant généreusement arrosé d’un mélange de café au lait et de bière.Cette collation typique datait de l’époque où les sapinois avaient besoin de prendre des forces pour commencer aux aurores le dur labeur des champs, et affronter les rigoureux frimas vosgiens. Aujourd’hui les habitations étaient toutes dotées du chauffage central, et les sapinois gagnaient leur vie confortablement assis devant un ordinateur ou derrière un guichet, mais les traditions étaient sacrées à Sapin-sur-Moselette.Tout à son bonheur gustatif, Boulotte se gardait bien de signaler l‘absence de Ficelle et Françoise, ce qui lui permettait de s’octroyer leurs petits-déjeuners.Mademoiselle Bigoudi somma ses élèves de terminer leurs assiettes dans les cinq minutes, car il était temps de monter dans l’autocar qui devait les emmener en excursion. Elle demanda à sa sœur de procéder à l’appel des élèves, pendant qu’elle-même allait vérifier si tout le matériel de camping se trouvait bien dans la soute à bagages.Pleine de bonne volonté, Georgetine fit l’appel à l’aide de la liste donnée par sa sœur. Mais troublée par sa myopie, par les rythmes infernaux qui tambourinaient dans son oreille gauche, et par l’excitation qu’elle ressentait à l’idée de rechercher le monstre et le trésor du lac Forlet, la jumelle de mademoiselle Bigoudi n’était pas très efficace, et elle ne se rendit pas compte que Françoise et Ficelle avaient disparu.**********************S’efforçant d’adopter l’attitude intrépide du chasseur de monstre aquatique, la grande Ficelle marchait d’une allure décidée sur la rive du lac Forlet, le menton en avant, les cheveux au vent et les sourcils froncés. La trompette verte, le masque et les palmes pendus à son cou balançaient au rythme de ses grandes enjambées sur les galets. Ses sandalettes en plastique pailleté scintillaient dans la vive lumière du soleil levant, contrastant avec des chaussettes sombres (bleu nuit avec étoiles orange au pied droit, et bordeaux foncé avec des araignées noires au pied gauche).Ficelle errait à la recherche du fameux monstre du lac, pendant que ses camarades prenaient le petit-déjeuner dans le réfectoire du centre de vacances à plusieurs kilomètres de là. « Ces nouilles mal cuites ne pensent qu’à se goinfrer tandis que moi je m’adonne noblement à ma passion pour la cryptozoologie 1. Elles vont être bleuâtres de jalousie quand elles verront les sublissimes plumes multicolores de dragon que je vais découvrir ! ». Ficelle se rengorgeait fièrement.Réveillée aux aurores, l’estomac noué au souvenir du cauchemar de la nuit, elle avait été incapable d’avaler quoi que ce soit. Elle avait préféré se rendre sans attendre au lac Forlet, domicile supposé du monstre vosgien qui obsédait ses pensées. Les oreilles à moitié détruites, un brave automobiliste regrettait d’avoir transporté cette auto-stoppeuse-cryptozoologue : pour le remercier de son amabilité, Ficelle avait donné pendant tout le trajet un concert de trompette supposé charmer le monstre.1 La cryptozoologie est l’étude des animaux encore inconnus de la science, initiée au milieu des années 1950 par le zoologue Bernard Heuvelmans. Ficelle a assimilé cette notion en parcourant en diagonal dans l’autocar entre deux chants son livre fétiche du moment Cryptozoologie comparée des monstres marins et lacustres. (Note du co-auteur)La grande fille fut subitement arrêtée dans son élan. Elle resta paralysée, une jambe en l’air, la bouche bée, les yeux exorbités par le spectacle qu’elle découvrait sur la plage devant elle. Une silhouette gisait à même le sol, inerte, enveloppée dans un tissu en soie noire, avec à son extrémité un bonnet à pompon.Après quelques secondes d’immobilité, Ficelle manifesta le redémarrage de son activité cérébrale par des exclamations suraiguës : « Oooh, mais c’est Fantômette ! Quelle féérique et surprenante surprise inattendue !! Je suis plongée dans un grand bain de stupéfaction ! Qu’est-ce que tu fais là ? Pourquoi tu bivouaques sur la plage ? Aaah, je sais ! Tu m’as suivie dans les Vosges pour m’aider à élucubrer le mystère de Munsterberg et captiver le monstre du lac Forlet !!! …»Tandis que l’affolante asperge piaillait et déblatérait à tort et à travers, Fantômette revenait peu à peu à elle.« … mais j’ai tout de suite deviné qu’il y avait là un insondable mystère … et hier soir, alors que j’exposais grandiloquement à Boulotte la vie et les moeurs du dragon, Georgetine nous a présenté des sapinois qui venaient pour nous raconter la vraie légende réelle de Munsterberg ! C’était atrocement passionnant ! Ca remonte à une époque encore plus ancienne que l’invention du sèche-cheveux, je ne sais plus exactement laquelle mais tu imagines comme c’est vieux… C’était dans le château de Munsterberg, qui est situé au bord du lac Forlet. Le comte de Munsterberg était très riche et très bon. Il avait rassemblé une dote fabuleusement mirifique, pleine de diamants et de pacotilles en or massif, en vue du mariage de sa fille unique adorée, la belle Faustina de Munsterberg. On l’appelait Faustina-aux-yeux-d’or (mais j’ai pas compris pourquoi parce que en fait il paraît qu’elle avait les yeux pers comme Athéna la déesse des caleçons…), et elle était polygrotte (ça veut dire qu’elle pouvait faire des traductions de plein de langues étrangères dans une grotte !). La jeune comtesse disparut mystérieusement la veille de ses dix-sept ans, jour prévu pour qu’elle choisisse son fiancé officiel parmi ses innombrables prétendants. On ne la retrouva jamais, malgré les armées de son père lancées à sa recherche. Fou de douleur et de chagrin, le comte de Munsterberg devint cruel. Grâce à sa fortune, il prit à son service le plus grand magicien du pays qui lui procura un dragon d’eau douce. Ce monstre était chargé de veiller sur un immense trésor caché au fond du lac Forlet : la fabuleuse dote qui ne servira jamais ! Le dragon terrifiait les habitants. Les téméraires qui se sont aventurés depuis des siècles à rechercher le trésor sont morts dévorés par le monstre du Lac, dans d’ineffables souffrances ! Leurs sinistres hurlements de douleur résonnent encore dans les mémoires, comme ça : ouuuuh ! ouiiinn ! ouuuuh ! ouuuuuaaaaarghl !!… »Fantômette était maintenant complètement consciente, quoique encore faible. Elle se tenait assise aux pieds de Ficelle, et écoutait celle-ci jacasser sans fin. « Mademoiselle Bigoudi prétend que cette histoire est fausse, mais sa sœur-zygote Georgetine et moi on a deviné que c’est une légende fortement authentique ! On va retrouver le trésor, et on va traquer le monstre lacustre pour l’envoyer au Parc Zoologique Hector Tudaudouce de Framboisy… Quand Georgetine arrivera avec toute la classe pour l'excursion, je n’aurai plus qu’à lui indiquer où se cache le monstre, grâce à mon flair mythique !Les sapinois disent qu’un parchemin écrit par le comte de Munsterberg est conservé par le directeur du Crédit Vosgien. Malheureusement ce manuscrit est rédigé dans une langue étrange que personne ne comprend, alors il ne sert à rien du tout… Ooooh ! Ciel noir ! Regarde Fantômette, c’est le monstre là-bas, au milieu du lac, devant cette petite île ! On distingue très nettement ses ailes et son long cou qui émergent de l’eau… Mes yeux éblouis en restent sans voix ! »Effectivement, Fantômette avait repéré elle aussi quelque chose d’étrange au centre du lac. On aurait dit que de longues ailettes, fines et hautes, tranchaient l’air en un mouvement circulaire, et provoquaient de vastes remous à la surface de l’eau.« Drôle de monstre, murmura la justicière masquée. Je crois que je vais aller l’admirer de plus près, faire sa connaissance et bavarder avec lui de la pluie et du beau temps… »Elle se redressa d’un bond souple, fit quelques flexions des bras et des jambes, et demanda : « Ficelle, serais-tu assez aimable pour me prêter ton masque et tes palmes ? ».Rose de plaisir à l’idée de rendre service à la plus grande justicière framboisienne du XXIème siècle, la suréminente cryptozoologue bafouilla : « Euh, bien fur Santomette… je veux dire bien sûr Fantomette ! Avec un plaisir gigantesque ! Euh, tu ne veux pas prendre aussi ma trompette à ultrasons-monstrueux pour hynopitser Mignonet?- Et qui est Mignonet, ma grande ?- C’est le nom que j’ai donné au monstre du lac Forlet. J’ai eu cette idée en lisant que les écossais avaient surnommé Nessie leur monstre du Loch Ness.- Ah ? Et quel est le rapport entre le surnom Mignonet et le lac Forlet ?- Euh... Et bien en fait, j'ai pensé que le monstre du lac Forlet était sûrement fort beau, alors Mignonet ça lui va comme un gant de boxe !- C’est gentil de me proposer ta trompette, mais je vais m’en passer, dit Fantômette en se saisissant du masque et des palmes que lui tendait Ficelle. Je vais plutôt attirer Mignonet en lui chantant la comptine Une poule sur un mur !- Ah, tu crois qu’un dragon peut s’intéresser à des histoires de poules ?? » interrogea Ficelle avec perplexité.Laissant Ficelle à ses considérations sur la mélomanie des monstres lacustres, Fantômette se trouva en quelques prestes enjambées à côté d’une vieille barque de pêcheur abandonnée sur le rivage.« Mille millions de mille pompons ! s’exclama-t-elle. Cette embarcation est inutilisable, la coque est percée ! Voyons, il me faudrait une étoffe épaisse… ».Les joues en feu à la perspective d’être utile à la justicière pour la seconde fois en cinq minutes, Ficelle lui proposa alors de lui prêter ses chaussettes. Elle retira ses trois paires de chaussettes supérieures, qu’elle avait superposées afin d’éviter de se laver les pieds trop souvent, ce qui eut pour effet de faire apparaître la quatrième paire qu’elle portait à même la peau (elle était désormais chaussettée de bordeaux foncé avec araignées noires au pied droit, et de bleu nuit avec étoiles orange au pied gauche, soit l’inverse de son accoutrement initial).Munie des précieuses chaussettes qu’elle enduisit d’argile, Fantômette colmata avec habileté les trous de la barque. Elle eut vite fait de la mettre à l’eau, et de s’éloigner en pagayant adroitement avec l’unique rame abandonnée là, après avoir adressé un signe amical à Ficelle. En sifflotant Une poule sur un mur, Fantômette se dirigeait vers l’île.« Nom d’une grenouille en plâtre, j’ai l’impression de rêver tout endormie ! songeait Ficelle, encore cramoisie d’émotion. En tout cas si Fantômette trouve le trésor de la Faustina, ce sera grâce à moi ! Elle me doit une fière bougie ! J’espère qu’elle me donnera ma part du butin… Je m’achèterai tout plein de prodigieuses babioles : des chaussettes en soie et en fil d’or, des porte-clefs lourds comme des enclumes, des mouchoirs phosphorescents pour se moucher par les nuits sans lune… ».************************************************************
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Messagepar chacha » Mer Fév 23, 2005 3:45 pm

Chapitre VII - La fin d'une légendeFantômette dirigeait son canot, avec une grande habileté usant de son unique rame pour godiller avec rapidité. Elle fut en quelques minutes à proximité du monstre et éclata de rire.En effet, en guise de monstre marin, il s’agissait en fait d’une sorte d’arbre au tronc trappu à la base et élancé vers la cime avec de très curieuses branches très fines situées en hauteur, détail surprenant : ces fines branches étaient garnies de grappes de baies rouges qui attiraient des nuées de petits oiseaux, créant ainsi un mouvement perpétuel qui pouvait, de loin, faire passer cet arbre étrange pour une créature animée. Mais un mystère restait entier : pourquoi l’eau au pied de cet arbre était-elle sans cesse agitée de remous. « Il faut que j’en ai le cœur net » se dit Fantômette , elle ôta son masque et son bonnet mit le masque de plongée de Ficelle et sauta dans l’eau.Ce qu’elle distinguât, à grand peine dans cette eau troublée par les limons en suspension, ce fut une multitude de poissons d’espèces diverses, qui attirés par les baies que les oiseaux laissaient tomber, faisaient une sorte de ballet aquatique et provoquaient ainsi des remous à la surface du lac.Fantômette, satisfaite de sa plongée remonta en se disant : « Ainsi point de monstre lacustre, le comte de Munsterberg s’était servi de Dame Nature pour créer la légende du lac Forlet , éloigner ainsi les habitants et pouvoir vivre seul avec son trésor dans le souvenir de sa chère fille la belle Faustina.Il faudra que je parle de cette curiosité naturelle au Commandant Costaud célèbre militant écologiste immuablement coiffé d’un bonnet vert.En remontant dans le canot, elle aperçut Ficelle qui gesticulait au bord du lac et criait : « ..........stre..........sor.........tina ». Les mots parvenaient de façon inaudible aux oreilles de la brunette. Laissant son amie s’époumoner, elle décida de rejoindre la rive opposée au pied de la colline au sommet de laquelle se dressaient les ruines du château.Pendant ce temps là, à l’accueil du centre de vacances, un petit groupe s’activait pour les derniers préparatifs de l’excursion. Il y avait les sœurs Bigoudi qui s’entretenaient avec madame Chevrier, la directrice du centre ainsi que Boulotte qui s’était portée volontaire pour aider à la confection de pique-nique. La Sapinoise détaillait le contenu de l’énorme panier repas « Je vous ai préparé des sandwichs à la choucroute, aux pommes de terre et pour changer un peu, il y en a aussi au Renaud de Lyon » « Qu’est ce que c’est ? » demanda la jeune gourmande.« C’est un gros saucisson ! » déclara la vosgienne.« Un peu comme le Jésus ? » questionna Boulotte.« Oui, le Renaud de Lyon (du nom d’un grand chef de la croix rousse) est un très gros Jésus ! »« Ce doit être délicieux ! » reprit GeorgetineCette discussion gastronomique fut interrompue par le bruit d’un moteur pétaradant, il s’agissait d’une 4 CV, modèle 1955 qui freina brutalement. « Mais c’est Mr Touron ! » s’exclama Madame Chevrier, c’était en effet le maire qui extrayait son imposante silhouette de la petite voiture. Il était accompagné d’un petit homme, coiffé d’un béret noir, duquel sortaient des mèches de cheveux blancs. « Je vous présente Mr Léon qui va vous accompagner » dit le maire en saluant le groupe. « C’est notre ancien instituteur, il connaît le pays comme sa poche et son histoire depuis l’époque gallo-romaine. ». Cette dernière remarque intéressa vivement l’institutrice de Framboisy qui adressa aux visiteurs son sourire le plus aimable. Georgetine qui était en train de renifler avec Boulotte la délicieuse odeur des victuailles sortit la tête du panier à provisions : « Bonjour jeune homme « dit elle en tendant sa main grassouillette, au ongles vernis rouge et bleu, à Mr Léon qui recula sous l’effet de la surprise : il n’avait en effet, jamais vu de sa vie une personne aussi colorée, le rouge de ses cheveux le disputait au bleu électrique de ses paupières. Georgetine avait revêtu sa tenue d’excursion, c'est-à-dire un bermuda jaune citron que rehaussait le vert pistache de son chemisier.« Hum ! » fit l’institutrice « Ma sœur a encore oublié ses lunettes ! »« Ca ne fait rien ! » ajouta Mr Léon ravi d’avoir été appelé " jeune homme " par une personne aussi ravissante.Le petit groupe se dirigea vers l’autocar où les élèves de mademoiselle Bigoudi étaient déjà installées.« Reviens Fantômette ! » criait Ficelle en sautant sur place . « reviens ! , as-tu vu Mignonet ? sais tu où se trouve le trésor de Faustina ? est ce que tu m’entends ? » hurla la grande asperge en mettant ses mains en porte voix .Elle trépigna encore de longues minutes mais Fantômette n’était plus qu’un point minuscule sur l’autre rive .« Mademoiselle Ficelle que faites vous là , comment êtes vous venue ici ? » La grande fille se retourna vivement et fit face à Mlle Bigoudi essoufflée par la dernière montée du chemin qui se faisait à pied . « Euh , c’est à cause de Mignonet le dragon mais Fantômette a plongé pour le voir de près grâce à mes chaussettes » « Mademoiselle Ficelle ! qu’est ce que ce charabia veut dire ? .Décidément vous délirez nuit et jour !»Georgetine s’était approchée en soufflant comme un buffle. « alors, Mignonet existe ? » dit elle en expirant bruyamment . L’institutrice haussa les épaules , habituée aux excentricités de sa sœur .Le reste du groupe arrivait en grande discussion avec Monsieur Léon qui ,du bout de sa canne, indiquait en les désignant le nom des sommets environnants.Après un cours de botanique consacré aux plantes locales , les filles et leurs accompagnateurs firent honneur au pique nique .« Françoise n’est pas là ? » demanda Boulotte en terminant un cinquième sandwich .« Non , je pensais qu’elle était avec vous ! » répondit la grande fille .Comme pour répondre à ces interrogations , la brunette surgit entre deux noisetiers.« Où étais tu ? tu transpires beaucoup , tes cheveux sont mouillés ! » questionna Ficelle« Ce n’est pas grave ! assura Françoise . Reste t il quelque chose à manger ? »« Euh oui , un sandwich aux pommes de terre ! » constata Ficelle en regardant dans le panier . Mademoiselle Bigoudi frappa dans ses mains : « Mesdemoiselles , nous allons poursuivre notre excursion à pieds pour camper de l'autre côté du lac Forlet en suivant le chemin forestier que va nous indiquer Mr Léon .L’ancien instituteur ravi d’avoir un auditoire expliqua que grâce à un raccourci que lui seul connaissait , le petit groupe serait sur l'autre rive du lac , tout près du château, en moins d’une heure .« Tant mieux ,dit Ficelle si le trésor de la belle Faustina n’est pas de ce côté , il doit être près du château! »
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Messagepar Charlotte » Sam Fév 26, 2005 3:11 pm

Chapitre VIIIÀ leur arrivée sur la rive nord du lac Forlet, les élèves s’éparpillèrent joyeusement, ayant eu la permission d’explorer les environs à leur guise pour le reste de l’après-midi. « Mais attention! s’écria bien haut Mlle Bigoudi, vous vous devez d’être de retour pour six heures précises, heure du dîner. Les retardataires seront sévèrement punis!...- Poil au nombril! » s’exclama l’incorrigible Georgetine, incapable de résister à la tentation. Mlle Bigoudi foudroya sa sœur du regard, mais n’osa pas s’emporter ouvertement, et se contenta de rester aussi muette que Ficelle lors d’une interrogation. Les quelques élèves restant avaient mis à profit cette scène pour s’échapper, ce qui ne fit que contribuer à augmenter la rage de l’institutrice.« Où allons-nous? demanda Boulotte, on doit sûrement trouver des tas de mûres et de framboises par ici…- Il n’est pas question que tu t’empiffres tout l’après-midi! Il est bien plus important de s’attaquer aux choses sérieuses, comme, par exemple, trouver le trésor de Faustina de Munsterberg! rétorqua Ficelle en se rengorgeant.- Eh bien, nous te suivons! répondit complaisamment Françoise, par où désires-tu aller?- Euh… j’aurais peut-être dû emporter ma boussole… répondit piteusement la grande fille, mais… oh, voilà qui devrait faire l’affaire! »La grande fille ramassa un bout de bois qui traînait par terre.« J’ai lu dernièrement un bouquin sur les sorciers, expliqua-t-elle. Ils se servaient de branches de coude en forme d’Y pour trouver des sources d’eau!- Les sourciers employaient bien des branches de coudrier pour suivre des cours d’eau souterrains, corrigea Françoise, mais je ne vois pas en quoi cela peut t’aider à trouver le trésor de la comtesse Faustina?- C’est simple, expliqua Ficelle, si le trésor est bien ici, au lac Forlet, il pourrait être dans une caverne souterraine traversée par un cours d'eau! J'ai souvent vu ça dans des films... donc, en se plaçant à proximité du lac, on devrait pouvoir suivre la piste d'un cours d'eau souterrain! »Joignant le geste à la parole, elle s’empara de son bâton et commença à marcher en ligne droite, d’un pas décidé. « Ça ne donnera rien, grande nouille! répliqua Françoise, tu n'as pas entendu ce que Mlle Bigoudi a dit? Il existe bel et bien une caverne souterraine, que M. Léon pourra nous faire visiter demain ou après-demain! »La jeune sourcière s'arrêta net et poussa un cri de joie: « C'est mirobolant! Nous allons explorer des vrais souterrains! Et j'emporterai ma lampe électrique, et aussi mon bâton, et...»La grande fille aurait probablement poursuivi son énumération encore longtemps, si Georgetine n'avait pas appelé les trois filles, afin de leur faire savoir que Mlle Bigoudi laisserait camper pour une nuit les élèves au Lac Forlet, décision qui ravit Ficelle. La une d’un journal local que tenait Georgetine attira soudain l’attention de Françoise : « Le voleur invisible frappe une fois de plus! ». Empruntant son journal à Georgetine, elle put lire le début de l’article : « Après le Crédit Vosgien, une autre banque de la région, le Crédit Charabien, se fait dévaliser tout aussi mystérieusement! Aurions-nous affaire à un cas de vols en série? Le célèbre inspecteur Carambar, qui sera responsable de l’enquête, nous affirme que l’arrestation des voleurs est imminente : il suivrait déjà une piste sérieuse (…) ». ***À la tombée de la nuit, Fantômette sauta dans un bus se dirigeant vers Charabia, petit village situé tout près du Lac Forlet. Les passagers, pour la plupart des travailleurs fatigués retournant chez eux, ne firent même pas attention à la gamine en costume de lutin assise près d’eux. Une fois arrivée à destination, la jeune aventurière sauta hors du bus et envoya un petit salut de la main au chauffeur, puis se dirigea vers le Crédit Charabien. « C’est bien la première fois que je dois me contenter de suivre les traces de mes voleurs… murmura-t-elle. J’espère bien avoir du neuf, à présent… ».Une fois arrivée à l’immeuble qui l’intéressait, le problème d’entrée ne se posa même plus : elle trouva sans peine un soupirail ouvert et se glissa dans le sous-sol de la bâtisse. « Drôle de banque, songea-t-elle, qui vient de se faire cambrioler et qui laisse tout de même ses fenêtres ouvertes… ». À cet instant, toutes les lumières s’allumèrent, éblouissant la jeune aventurière, qui se retourna prestement. « Bonsoir, Fantômette! lança une voix masculine.- Tiens, ce cher Rocamadour! Que faites-vous ici?- Mais, je t’attendais… j’espérais bien te rencontrer ici ce soir…- Alors, si vous me connaissez si bien, vous devez également savoir pourquoi je suis ici…- Mais bien sûr. Tu fais enquête sur le mystérieux voleur invisible qui a cambriolé deux banques et dont on n’a retrouvé aucune trace, en t’introduisant par effraction dans un bâtiment privé…- Vous appelleriez la police? répliqua d’un ton narquois la jeune fille- Non, pas cette fois-ci, reprit Rocamadour avec le plus grand sérieux, mais j’y songerai si tu viens à nouveau te mettre au travers de ma route. Figure-toi que, en ce moment, celui de nous deux qui est en infraction avec la loi, c’est bien toi et non moi.- Allons donc! Vous n’êtes pas sérieux?- Mais si! Figure-toi, ma chère Fantômette, que je suis propriétaire de plusieurs banques de la région, comme par exemple le Crédit Vosgien et le Crédit Charabien… Je n’ai donc rien à voir avec ces cambriolages!- Mais non! Vous vous baladiez simplement de nuit avec un plan du système d’alarme de votre soi-disante propriété…- Ça, ce sont mes affaires, dit l’homme d’une voix plus dure. Je peux faire ce qui me plaît chez moi. Et maintenant…- Maintenant?- Je te prierais de retourner chez toi. Ou plutôt à ta colonie de vacances qui campe présentement au Lac Forlet. Ne suis-je pas bien renseigné?- Je n’ai pas non plus l’intention de vous laisser le champ libre ici...- Je pars, moi aussi. Du reste, Fantômette, sache que je ne mens pas, et tu pourras le vérifier : les banques que tu me soupçonnes d’avoir cambriolé m’appartiennent bel et bien… »
Dernière édition par Charlotte le Jeu Mar 03, 2005 5:26 pm, édité 1 fois.
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Messagepar Pétronille » Mer Mar 02, 2005 10:35 pm

CHAPITRE IXLa voix stridente de Mademoiselle Bigoudi tenta une énième fois de couvrir le tumulte régnant autour d’elle :« Les tentes sont enfin toutes en place, veuillez vous calmer et rejoindre Monsieur Léon autour du feu de camp, et rapidement ! ».La nuit était tombée depuis peu et le lac, délicatement éclairé par la lueur de la pleine lune, était plus que jamais une étendue sombre et mystérieuse. Les élèves prirent donc place avec plaisir autour du feu crépitant, ravis de côtoyer la lumière dans ce paysage nocturne et impénétrable. Sujet d’amusement la journée, la légende du lac Forlet prenait maintenant toute son ampleur …Le programme de la journée avait été compromis par un léger incident : Monsieur Léon, connaissant par cœur les Vosges, ses routes et ses sentiers depuis l’époque Gallo-Romaine, avait interverti la carte des randonnées avec celle des amateurs de champignons. Il s’était donc égaré, accompagné du groupe d’élèves qui le suivait. Toujours très sûr de son expérience tout terrain, il avait mis une heure avant de se rendre compte qu’ils avaient empruntés le mauvais sentier puis une autre heure pour admettre qu’il s’était trompé. Il avait ensuite encore passé une heure à expliquer aux élèves que ce n’était absolument pas de sa faute, suivie d’une dernière heure à rechercher le bon chemin.A leur arrivée au campement, Mademoiselle BIGOUDI était dans tous ses états et les tentes montées brièvement sous l’inspection de Georgetine n’attendaient que des occupants pour s’écrouler.Ficelle et Boulotte s’installèrent au côté de la grosse dame, déjà occupée à accorder sa guitare :- « Avez- vous vu Françoise ? questionna la grande asperge.- Une fois la nuit tombée, je n’y vois plus grand chose mais tu sais Ficelle, j’aimerais beaucoup que tu cesses de me vouvoyer, j’ai l’impression d’avoir l’âge de ma sœur !- Mais vous avez l’âge de votre sœur ! s’écria Ficelle indignée, inutile de mentir, je sais que vous êtes zygotes …- Nous sommes effectivement dizygotes ma chère enfant mais nous n’avons pas le même âge mental. Ma sœur est une vieille ronchonne à lunettes tandis que moi …- Tandis que vous êtes aussi colorée, parfumée et jolie qu’une rose bleue en bouton dans un champs de coquelicots coupa Monsieur Léon, très en verve à la vue de la pétillante dame.- Merci beaucoup jeune homme, tous ces compliments me vont droit au cœur, vous êtes si charmeur murmura Georgetine, soudain aussi rouge que ses boucles d’oreille.- Cela est dû à mon thème astral. Savez-vous que Dom Juan était comme moi du signe du poissons et que son ascendant était balance, tout comme le mien ? Monsieur Léon susurrait de sa voix la plus enjôleuse tout en s’évertuant de se rapprocher discrètement de sa nouvelle bien-aimée.Le visage de Georgetine virait du rouge au cramoisi en passant par le vermeil et l’écarlate. Elle commençait franchement à se demander si l’épaisse couche de son fard à joues parvenait encore à cacher l’arc-en-ciel de ses émotions quand Françoise apparut.- « Où étais-tu ? interrogea Ficelle- Je tentais de remonter ma tente à l’endroit, ce qui n’était pas du luxe…- Bien maintenant que tu es là, je vais pouvoir vous jouer quelque chose, vous pouvez tous m’accompagner de vos voix, prêts ? coupa Georgetine encore sous l’effet délicieux des paroles de Monsieur Léon.Elle se mit à gratter les cordes de la guitare à l’aide de ses ongles interminables :« La la la, je suis sur un nuagemon cœur est pris en otaged’un garçon merveilleuxqui a de beaux yeux ».Ficelle qui avait immédiatement reconnu la toute dernière chanson du très joli et jeune chanteur El Calino se mit à chanter de sa voix perçante :« Il m’offre des fleursde toutes les couleurset m’écrit des poèmesMon dieu que je l’aime ! ».Bientôt l’ensemble des élèves s’époumonait au rythme des mélodies romantiques de Georgetine. Monsieur Léon était rose de satisfaction et il se risqua même à prendre le bras de sa nouvelle bien-aimée qui frissonna d’émotion…« Bien les enfants s’éleva la voix un peu moins chantante de Mademoiselle Bigoudi, il est largement temps de regagner vos tentes. Demain : réveil à l’aube et baignade dans le lac ! ».Françoise s’éclipsa rapidement vers sa tente expliquant qu’elle tombait de sommeil tandis que Ficelle, Boulotte et Georgetine se regardaient piteusement.- « Euh que diriez-vous si nous dormions dans la même tente. Ce n’est pas que je sois froussarde c’est juste que je déteste avoir peur ! lança Ficelle hésitante.- Bien entendu répondit Georgetine, nous allons partager la mienne, elle est bien assez grande pour recevoir trois personnes si minces.Monsieur Léon se proposa de les accompagner jusqu’à leur tente afin de vérifier sa solidité.- « Avez-vous déjà entendu parler du monstre du lac Forlet ? demanda Ficelle en chuchotant.- Oui bien entendu comme tous les Sapinois. D’ailleurs je crois à son existence !- Comment ? balbutia la grande andouille, ce n’est pas possible, Mademoiselle Bigoudi nous a affirmé qu’il s’agissait d’une légende !- Elle s’est trompée. Ce monstre se manifeste les nuits de pleine lune comme aujourd’hui et curieusement son apparition est toujours précédée d’une lueur verte émanant du fond du lac. Et cette lueur, je l'ai déjà aperçu...- Mon dieu, il faut faire quelque chose, vite appelons Fantômette !- Tu as son numéro ? questionna Boulotte- Non, je veux rentrer à la maison …- Voyons, calmez-vous les enfants expliqua Georgetine, les monstres n’existent que dans les livres et dans l’imagination des enfants. Tout ceci doit parfaitement s’expliquer, aussi vrai que l’absence miraculeuse de cheveux gris sur ma tête s’explique par la coloration « Volcan en éruption » que j’applique tous les mois.Monsieur Léon terminait de s’affairer sous la tente.- « Bien tout a l’air en règle, si vous avez le moindre problème, je suis juste à côté. Bonne nuit très chère amie, reposez bien vos petits petons si délicatement parfumés… - Bonne nuit mon jeune Léon ».Georgetine invita ses deux amies à entrer dans la tente. Elle était très spacieuse et équipée de suffisamment de couchages pour tout le monde mais une odeur entêtante de patchouli flottait dans l’air.Les trois occupantes décidèrent donc d’aérer quelques minutes et s’assirent, contemplant le paysage nocturne. Tout semblait si paisible et harmonieux qu’aucun monstre ne pouvait habiter ces lieux…- « Mon dieu, s’écria Georgetine, regardez la lueur rouge au fond du lac !- Mais non, elle est verte s’écria Ficelle, c’est le monstre !!! ». *******************
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Messagepar PatriSerge » Mer Mar 09, 2005 1:07 am

CHAPITRE XLes campeurs se précipitèrent sur la rive du lac, intrigués par l'apparition de cette mystérieuse lumière verte. La grande Ficelle poussa un cri d'horreur:"Regardez! Là-bas!"Les regards se tournèrent vers un point situé à hauteur du château de Munsterberg. Ils virent une chose effroyable qui avançait vers la rive nord du lac, c'est-à-dire vers eux. Une espèce de grosse bête ressemblant à un tyrannosaure (Tyrannosaurus Rex), mais munie de nageoires, plongeait sous les eaux puis remontait à la surface en poussant des hurlements terrifiants."C'est le même que dans mon rêve!" hurla Ficelle, dont les yeux équarquillés devinrent presque aussi grands que des assiettes. Ce fut la panique dans le camp, mais personne ne songea à fuir car tous semblaient paralysés par la peur, à moins que ce ne fût par la fascination qu'exerçait le monstre.Tout à coup, le dinosaure-poisson s'arrêta, les hurlements cessèrent et le monstre fit demi-tour et disparut au fond du lac. La lumière verte s'éteignit peu après.Les campeurs étaient tétanisés. Certains voulurent fuir, mais Mademoiselle Bigoudi, pourtant inhabituellement pâle, rappela tout le monde à l'ordre:"Ecoutez-moi! Les monstres n'existent pas! Il est probable que, pour une raison ou pour une autre, quelqu'un cherche à nous effrayer. Tout ceci doit avoir une explication logique. Je vous laisse quelques minutes pour vous remettre de vos émotions, puis nous irons tous nous coucher."Réflexion faîte, personne n'avait envie de partir sur le champ, et la perspective de traverser la forêt en pleine nuit anéantit les vélléités de départ précipité.Chacun essaya de se remettre à sa manière. Georgetine se blottit contre Monsieur Léon et serra sa main très fort contre la sienne. Boulotte avait retrouvé son appétit, que la vue du monstre avait coupé pendant quelques minutes, et croquait des biscuits au chocolat.Ficelle était encore sous le choc. Elle décida d'aller parler à Françoise, qui était sur le point de se coucher."Ah! Françoise, tu as vu? C'était vraiment épouvantable!-Tu n'as pas eu trop peur?-Horriblement peur! Mignonet est vraiment très laid! Tu sais, cela m'ennuierait beaucoup de finir dans son estomac, d'autant plus que j'ai un grand avenir devant moi. Quand je serai grande, je serai très belle, encore plus belle qu'aujourd'hui. Je serai vedette à la télévision dans une émission appelée "Ficelle et les milliardaires": une douzaine de princes charmants essayeront de me séduire et à la fin, je choisirai le plus beau de tous.Ensuite, je deviendrai actrice car j'ai un talent aigu de comédienne, et surtout de comiqueuse. Je ferai rire tout le monde en racontant des tchèques de Coqueluche, tu sais, celui qui a frondé les cantines du sourire.-Tu veux dire des sketches?-Oui, c'est ça. Je réciterai des steaks de Coqueluche et aussi de Pieds-Palmés et Anne Bulgaroff.-Nul doute que si tu récites comme à l'école avec des euh... toutes les dix secondes, tes steaks seront de vrais steaks hâchés...-Peuh! Miss Bigoudi ne nous apprend que des poèmes idiots et des fables ridicules. Surtout celles de Robinet, je veux dire de La Fontaine: un corbeau qui mange du fromage, tu as déjà vu ça? Et une grenouille aussi grosse qu'un boeuf? Et le plus fort, c'est que ces animaux parlent! Comment veux-tu que je retienne ces stupideries?-En tous cas, c'est vrai que tu as un talent inné de comique..."La grande fille se rengorgea; elle n'avait pas senti l'ironie des propos de Françoise.Mais cette conversation hautement philosophique fut interrompue par Mademoiselle Bigoudi:"Françoise! Ficelle! Qu'attendez-vous pour aller vous coucher? Il faut nous lever tôt demain!"Une demi-heure plus tard, le camp était silencieux. Tout le monde était endormi. Tout le monde? Non, car une ombre se faufilait silencieusement entre les tentes à la lueur du clair de lune. Une ombre munie d'une cape et d'un bonnet à pompon, et qui n'était autre que Fantômette.La justicière ne croyait pas aux monstres. Elle avait décidé d'aller faire une reconnaissance du côté du château de Munsterberg. Le monstre semblait provenir d'un endroit proche de ce château et il fallait éclaicir ce mystère.Fantômette marcha quelques minutes et arriva en vue du château. Après avoir franchi ce qu'il restait du mur d'enceinte en passant par un antique pont-levis providentiellement abaissé, elle se retrouva dans une cour intérieure. Elle se dirigeait vers l'entrée principale lorsqu'une voix d'homme retentit dans son dos:"Haut les mains! Pas un geste ou je tire! Ne te retourne pas!...Mais, je ne me trompe pas...c'est bien la fameuse Fantômette. Eh! bien, ma petite, tu vas regretter de t'être mêlée de nos affaires. Avance! Tu vas rejoindre notre ami Rocamadour!-Je me doutais bien qu'il était derrière tout cela!"Pour toute réponse, l'homme ricana bêtement. Sous la menace du revolver, notre héroïne fut contrainte de marcher jusqu'à l'entrée du rez-de-chaussée. A peine arrivée à l'intérieur, Fantômette poussa une exclamation de surprise: elle venait de voir Rocamadour, bâillonné et ligoté comme un saucisson! Celui qu'elle considérait comme son adversaire dans cette affaire était prisonnier!L'inconnu lui fit subir le même sort qu'au roi des cambrioleurs, et notre amie se retrouva couchée non loin de Rocamadour, elle aussi bâillonnée et ficelée. Le bandit regarda ses victimes, ricana encore, sortit de la pièce et referma la lourde porte de chêne. Une clé tourna dans la serrure. Fantômette, restée seule avec Rocamadour, se demandait ce qui lui arrivait.Elle entendit son voisin se démener, le vit remuer la tête dans tous les sens, et enfin réussir à se débarrasser de son bâillon. Elle essaya d'en faire autant et réussit assez facilement. Leur geôlier faisait des noeuds solides, mais ne les avait pas convenablement bâillonnés. Les deux prisonniers allaient pouvoir bavarder."Les campeurs sont-ils partis? demanda d'emblée Rocamadour.-Non, répondit Fantômette.-Malheur de malheur! Ah! Quelle catastrophe!-Mon cher Rocamadour, je crois que vous me devez quelques explications.-En effet, ce sera plus simple de tout te raconter. Voilà! Il y a un an, des banquiers importants m'ont contacté. Ils m'ont proposé de devenir directeur de l'agence du Crédit Vosgien de Sapin-sur-Moselotte. L'établissement étant peu important, j'étais également nommé directeur du Crédit Charabien qui est une de leurs filiales. Ces hommes connaissaient mon passé, et c'est justement la raison pour laquelle ils m'ont engagé.Cela a dû te frapper que je cambriole avec effraction des banques dont je suis le directeur, puisque à ce titre, je dispose des clés nécessaires pour prendre tout ce que je veux le plus facilement du monde.-Le détail ne m'a pas échappé.-J'ai été engagé avec pour mission d'essayer par tous les moyens de cambrioler ces banques. Mes employeurs voulaient s'assurer de la fiabilité de leur système d'alarme. Si l'ancien roi des cambrioleurs ne parvenait pas à dévaliser ces établissements, la preuve était faîte qu'ils étaient totalement sûrs. Si au contraire je réussissais, je devais restituer par la suite les biens volés et les ingénieurs devaient améliorer les systèmes de sécurité, ou en inventer de nouveaux.-Très ingénieux. Et ensuite?-Ma position de directeur de banque m'a rapidement mis en rapport avec les notables sapinois. Le maire, monsieur Touron, et son premier adjoint, monsieur Carré-Mantméchan, un homme qui n'est jamais content, m'ont parlé d'un de leurs projets qui consistait à créer autour du lac Forlet un parc d'attraction afin de développer l'économie de la ville, qui en a bien besoin.Une vieille légende locale relative à un monstre leur avait donné l'idée de construire une demi-douzaine de monstres mécaniques qui peupleraient le lac Forlet et attireraient nombre de touristes, notamment des enfants. L'endroit s'appelerait "Forletic-Parc". Enthousiasmé par cette idée, j'ai puisé dans mes économies et j'ai construit la première de ces bestioles, que tu as peut-être vue tout à l'heure. Mais il n'y avait pas assez d'argent pour aller plus loin que ce prototype.C'est alors que le maire et son adjoint m'ont parlé d'un vieux parchemin qui serait caché quelque part dans un coffre de ma banque et qui selon eux indiquerait le plan d'accès à un trésor. Il m'ont demandé de trouver ce document car l'argent du trésor serait utilisé pour financer les travaux de "Forletic-Parc". J'ai promis de les aider mais je n'ai rien trouvé.-Quel rapport entre les cambriolages et cette histoire de trésor?-J'y arrive. Lors du cambriolage du Crédit Vosgien, j'ai retrouvé par hasard, au fond d'un vieux coffre oublié, le parchemin en question. Je l'ai aussitôt mis en lieu sûr. Je commençais à me méfier de Touron et de Carré-Mantméchan car j'avais remarqué que personne n'était au courant du projet de parc d'attraction qui n'avait même pas été évoqué au conseil municipal!Je leur ai parlé quand même de ma découverte mais j'ai exigé des garanties relatives à la construction du parc. Cela leur a déplu et, en début de soirée, les deux hommes m'ont attaqué par surprise alors que je rentrais de Charabia. Ils ont fouillé toute ma maison et, furieux de ne pas y trouver le parchemin, m'ont fait prisonnier et amené ici.En fait, ils n'ont jamais eu l'intention de construire un quelconque parc; ils m'ont raconté cette histoire pour m'inciter à chercher le parchemin. Leur but réel était, et est toujours, de s'emparer du trésor à leur profit pour s'enfuir ensuite à l'étranger.Pour me forcer à leur donner le parchemin, ils ont mis au point un chantage abominable. Ils ont donné à Monsieur Léon une pendule à camoufler dans le campement dont tu fais partie. Ces canailles ont fait croire à ce grand naïf qu'il s'agissait d'une chasse au trésor quelconque et qu'il ne devait parler de ceci à personne avant demain. Or, cette pendulette contient une bombe à retardement! Je dois leur dire où j'ai caché le document avant demain matin car la bombe est réglée pour exploser à sept heures et demie. Si je ne leur donne pas l'information, ils laisseront la bombe là-bas et tes amis sauteront!-Je vois. Mais ce trésor, c'est une légende, non?-Il existe réellement, même si ce n'est pas exactement ce que l'on croit. Comme souvent, des faits réels se sont greffés sur la légende, et le parchemin que j'ai trouvé démontre l'existence de ce trésor et indique son emplacement.-Rocamadour, auriez-vous vraiment restitué les sommes volées à la banque?-Bien sûr! Enfin, déduction faîte de mes frais, car les recherches ont été longues et coûteuses pour mettre au point l'étouffalarm. Ces banquiers sont plus radins que l'oncle Picsou! Et puis, j'aurais peut-être prélevé un peu pour financer la construction du parc, car moi j'ai réellement envie de mener à bien ce projet et rien ne dit que l'argent du trésor serait suffisant. Mais j'aurais remboursé plus tard, avec les premiers bénéfices...-Voui, Voui... Tout cela n'est pas très légal, en somme, Monsieur le-gentil-Rocamadour-victime-innocente-des-deux-méchants-malfaiteurs.-Et ce que tu fais, Fantômette, est-ce très légal? Si tu veux rester dans la légalité parfaite, laisse donc faire la police et ne joue plus les justicières. Tes exploits sont illégaux mais réalisés pour la bonne cause? Mais les miens aussi, non ? Améliorer les systèmes d'alarme et développer l'économie d'une région en difficulté, ce ne sont tout de même pas des mauvaises actions?"Fantômette se mordit les lèvres. Rocamadour venait de marquer un point. Elle l'observa à la dérobée et fut frappée par sa ressemblance avec Taleb Saïeb, un adversaire mi-gangster, mi-poète qu'elle avait affronté lors d'une mission en Zizanie menée pour la Colonel Motors. Ressemblance physique, mais aussi de caractère, les deux hommes se situant hors du champ légal tout en n'étant pas spécialement antipathiques, même si Rocamadour était à l'évidence moins dangereux que le zizanien."Quel genre d'homme est-ce, ce Touron? reprit la justicière.-Un être en apparence poli et courtois, mais au fond machiavélique.-Et Carré-Mantméchan?-Un homme carrément vulgaire, très ordinaire. Quand il est en colère, il se transforme en une brute que rien n'arrête. C'est lui qui t'a capturée.-Au fait, pourquoi a-t-on vu le monstre, cette nuit?-Le malfaiteur m'avait mal attaché. J'ai pu ramper jusqu'à la pièce voisine où est installé le mécanisme qui fait apparaître le monstre que j'ai construit, et je l'ai mis en marche. J'espérais faire fuir les campeurs en les terrorisant, afin qu'ils échappent à l'explosion. Mais Carré-Mantméchan était resté dans les parages. Il a compris ce qui se passait, est revenu arrêter le mécanisme et m'a ligoté plus solidement.Fantômette, il faut que nous agissions ensemble pour arrêter ces crapules. Je te demande simplement de ne pas révéler l'histoire des cambriolages. En échange, je restituerai tout l'argent et je t'aiderai à trouver le trésor.-Bon. Je n'ai pas d'autre choix que celui de faire équipe avec vous, maugréa Fantômette. Mais ce fameux "Forletic Parc", vous voulez vraiment le construire si vous trouvez le trésor de la princesse Faustina? Et si oui, n'y a-t-il pas un danger pour les forêts qui entourent le lac?-Pas du tout, mon projet respectera l'environnement. Mes bestioles peupleront le lac et une grotte souterraine. Quant aux touristes, ils seront accueillis dans ce château qui sera restauré. Aucun arbre ne sera abattu. Qu'allons nous faire, Fantômette?-C'est très simple. Il faut nous libérer, trouver la bombe et la désamorcer ou à défaut faire évacuer le camp et arrêter Touron et Carré-Mantméchan. Ensuite, nous n'aurons plus qu'à récupérer le parchemin à l'endroit où vous l'avez caché et à rechercher le trésor de Faustina-aux-yeux-d'or.-On commence donc par s'évader. Hélas, je suis cambrioleur, pas prestidigitateur, et ces liens sont solides.-Je n'ai pas accès à ma lame de secours car ma broche est coincée sous mes liens, mais je vais ramper jusqu'à la cheminée. J'y aperçois des tessons de bouteilles qui brillent au clair de lune."Aussitôt dit, aussitôt fait. Fantômette entreprit de scier ses liens petit à petit sur les morceaux de bouteilles brisées. Soudain, un bruit de pas se fit entendre au dehors."Quelqu'un! Ce doit être Touron; ou Carré-Mantméchan qui revient!" souffla Rocamadour.Fantômette redoubla d'efforts pour scier de plus en plus vite. Le mystérieux visiteur avait déjà atteint la cour intérieure. La jeune aventurière n'était pas encore parvenue à se libérer. Les bruits de pas étaient de plus en plus nets. Dans un instant, la personne entrerait dans la pièce.
Dernière édition par PatriSerge le Dim Aoû 21, 2005 2:17 am, édité 1 fois.
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Messagepar Renaud » Dim Juin 05, 2005 11:16 pm

CHAPITRE XI - Un étrange ballet nocturneCarré-Mantméchan s’arrêta devant l’épaisse porte en chêne. Il saisit le gros trousseau de clé accroché à sa ceinture, et l’agita devant son nez pour trouver la bonne clé. Le solide gaillard s’énervait. La patience n’était pas son fort. Ses prisonniers ne perdaient rien pour attendre, il saurait bien les faire parler ! De ses gros doigts malhabiles, il fit tourner les clés autour de l’anneau, une à une… Enfin il poussa un grognement de satisfaction : elle était là, celle qui ouvrait la prison improvisée… quand soudain SPLAM ! Il n’eut pas le temps de voir s’abattre sur lui la lourde porte, et il tomba à la renverse, inconscient.Un lutin jaune et noir, vif comme l’éclair, retomba prestement sur ses pieds, nullement déstabilisé par le bond qui avait fait claquer si brutalement la porte de la geôle.« Fichtre ! s’exclama Rocamadour après un sifflement d’admiration. Qui eût cru que de si fines gambettes pouvaient déployer tant de force ! Félicitations, chère amie, je te dois une fière chandelle. Carré-Mantméchan est une brute épaisse qui n’aurait pas hésité à me torturer pour que je révèle la cachette du parchemin…- Nous sommes quittes, monsieur le gentleman-cambrioleur. C’est grâce à l’ouvre-porte que vous m’aviez gentiment offert que j’ai pu déverrouiller la serrure avant ce gros-vilain-pas-beau, expliqua Fantômette en esquissant une gracieuse révérence. Mais trêve de politesses, fuyons d’ici. La grosse brute est hors d’état de nuire pour un bon moment, mais Touron peut surgir à tout instant...- Alors tu avais gardé mon ouvre-porte ! Il faut donc croire que la grande justicière daigne accorder un peu d’estime à mes modestes inventions… » ironisa l’ex-voleur pendant que Fantômette tranchait ses liens à l’aide de son poignard.Les deux nouveaux alliés s’enfuirent à travers la cour intérieure, après avoir solidement saucissonné à son tour Carré-Mantméchant, qui semblait dormir comme un énorme bébé joufflu. Fantômette parvint la première au mur d’enceinte. Elle s’arrêta devant le pont-levis, qui était auparavant abaissé, mais qui se trouvait maintenant en position relevée, interdisant la sortie de l’enceinte du château de Munsterberg. Elle inspecta l’épais panneau de bois massif, bardé de gros clous. Elle examina le mécanisme servant à mettre en mouvement le pont-levis : une grosse chaîne passait dans un système de poulies et de roues dentées. Fantômette se pendit à la chaîne de façon à peser de tout son poids. Rien ne bougea. Elle s’arc-bouta sur la roue principale : rien à faire, le mécanisme semblait taillé dans le roc. La justicière laissa échapper un soupir d’impatience, tandis qu’elle fouillait dans la poche de son justaucorps à la recherche de l’ouvre-porte.« Inutile ! halèta Rocamadour en rejoignant Fantômette, le souffle coupé par la course. Mon ouvre-porte ne fera pas bouger d’un millimètre ce pont-levis ! J’en sais quelque chose : je l’ai moi-même restauré et doté d’un mécanisme ultra-moderne, qui n’a rien à voir avec une serrure classique. Il peut être actionné uniquement par sa télécommande…- Et bien j’imagine que vous en possédez une ? Qu’attendez vous pour l’utiliser et abaisser cette maudite porte ! Nous n’avons pas une minute à perdre.- Hélas, Fantômette, je possédais naturellement l’une des deux télécommandes, tandis que la seconde est aux mains de Touron, mais Carré-Mantméchant m’a subtilisé la mienne lorsqu’il m’a capturé… »Laissant sa phrase en suspens, Rocamadour resta seul ; sa jeune alliée avait déjà traversé la cour en sens inverse. Elle revint promptement, laissant deviner des sourcils froncés et un regard noir derrière son masque.« Tous les diables de l’enfer sont contre nous ! Regardez dans quel état j’ai retrouvé la télécommande dans la poche de Carré-Mantméchant : brisée en mille morceaux dans sa chute… Pouvez-vous la réparer ? »L’inventeur examina les débris que lui tendait Fantômette. Il laissa retomber ses épaules en signe d’impuissance.« Ca va être très difficile… Je ne suis pas sûr de pouvoir tirer quoi que ce soit de ces miettes : les composants électroniques sont en bouillie… Enfin, j’ai toujours eu envie de me mettre aux puzzles, c’est le moment ou jamais.- 2H38, constata Fantômette au cadran phosphorescent de sa montre-bracelet. Moins de cinq heures avant l’explosion du camp. Pendant que vous bricolez, je vais tenter de trouver une autre sortie… »La jeune fille ferma les yeux, pencha la tête en arrière et gonfla ses poumons en une lente inspiration. Elle fit le vide en elle afin de retrouver sa sérénité et son sang-froid. Elle allait en avoir besoin. Elle n’osait pas s’avouer qu’elle ressentait confusément un sentiment de malaise quant à l’issue de cette aventure…*********************************************3H12Le camp était endormi. Quelques ronflements provenaient des sommaires constructions de toile, rompant faiblement le silence absolu de la nuit vosgienne. Une silhouette se faufilait sans bruit entre les tentes. Elle était munie d’un petit objet allongé, qu’elle brandissait à bout de bras. CHTOIING ! WIIIIIZZZ, AAAAAAH ! BOUM-BADANG ! Pas si silencieuse que ça, la longue silhouette se prit les pieds dans le fil d’une tente, elle dévala la pente herbeuse les quatre fers en l’air, avant d’être arrêtée dans sa glissade par un arbre qui avait providentiellement poussé là.« Mais que se passe-t-il ici ? grommela d’une voix ensommeillée Boulotte, dont la tête émergeait de la porte de tissu. Ficelle ? C’est toi ? Mais tu vas réveiller tout le monde… Que fais-tu avec une lunette de pirate dans chaque main ?- Ce ne sont pas des lunettes de pirate, ce sont mes jumelles qui se sont cassées en deux dans ma ch… dans ma cascade synchronisée. Je voulais observer la parade nuptiale du grand tétra…- Mais il dort à l’heure qu’il est, comme n’importe quel dindon bien élevé ! Viens donc te coucher. A propos de dindon, je grignoterais bien une petite cuisse de poulet froid pour me rendormir… »***********************************************4H53« Encore raté ! Que t’arrive-t-il ma pauvre fille… Tes performances sont particulièrement minables aujourd’hui, minables ! »Laissant retomber au sol sa cordelette de nylon qui ne lui était d’aucune utilité, Fantômette s’admonestait elle-même. Elle préfèrait donner libre cours à son énervement, et s’infliger de virulents reproches, plutôt que de se laisser gagner par la panique. Ses efforts pour escalader le mur d’enceinte, pour dénicher des pierres faciles à desceller, ou pour trouver un passage quelconque, étaient restés vains. L’enceinte avait beau être en ruines, c'étaient des ruines encore particulièrement solides et efficaces. Les Comtes de Munsterberg avaient fait bâtir là un ouvrage inviolable et d’une grande résistance, même après plusieurs siècles.La justicière se laissa glisser contre un bloc rocheux, auquel elle s’adossa, sans énergie. Elle saisit son visage entre ses mains, pour l’empêcher de s’affaisser sous l’influence du découragement, et elle laissa son regard errer devant elle. Elle vit que Rocamadour était toujours penché sur la télécommande, avec ses tournevis et ses pinces, apparemment sans succès. Elle était tellement fatiguée. Elle sentit sa vision se brouiller… ne pas dormir, ne pas se laisser aller, surtout ! Elle devait se ressaisir, trouver une solution pour s’échapper d’ici, et prévenir les campeurs du danger qui les menace. Ils devaient s’enfuir, sinon, à 7H30, dans quelques heures à peine, ils seraient pulvérisés par l’explosion… Et pourtant, elle était tellement fatiguée…***********************************************5H26La lueur blanche de la lune faisait scintiller les strasses qui parsèmaient la chemise de nuit de Georgetine, et elle nimbait de reflets cuivrés sa rouge chevelure. On aurait cru qu’une luciole géante effectuait une étrange danse nocturne. Une luciole avec de grandes jambes et de grands pieds. Georgetine exécutait d’amples mouvements, avec une lenteur infinie, elle lèvait haut les genoux, l’un après l’autre, faisait des ronds de jambes au ralenti, elle projetait les bras en avant comme pour repousser d’invisibles assaillants. Elle renversa la tête en arrière, grisée par la voûte étoilée qui recouvrait à perte de vue la noire forêt de sapins. La plus fantasque des demoiselles Bigoudi cessa alors son curieux ballet : de sombres nuages recouvraient la lune et les étoiles. Georgetine, plongée dans une obscurité totale, perdit l’équilibre, le pied gauche lancé en avant. Elle fit des moulinets avec les bras, comme pour se retenir au vide, quand elle heurta quelque chose. Quelque chose ou plutôt quelqu’un ! « Ayahayayahahaa ! stridula-t-elle, sous l’effet de la peur. Ne me faîtes pas de mal, je vous en supplie ! Laissez moi partir, et je ne dirais rien à ma sœur…- Rassurez vous, ma tendre amie, ce n’est que moi, votre petit Léon ! Je souffrais d’insomnie, alors j’ai voulu faire un tour pour voir si tout allait bien dans le camp, quand je vous ai aperçue, sublime de beauté dans la lumière spectrale de la lune, en train d’exécuter une mystérieuse gymnastique. Me direz-vous la signification d’un si émouvant et si gracieux spectacle ?- Ah, Léon ! halèta la demoiselle en se pelotonnant dans les bras de son chevalier servant. Laissez moi retrouver mon souffle, vous m’avez fait tellement peur ! J’étais complètement concentrée sur mon exercice de Tchi Tchiu Tchian !- En plein milieu de la nuit ?- Bien sûr ! Les nuits de pleine lune sont particulièrement propices aux rayonnements énergétiques émanant des confins de l’univers. Et grâce au Tchi Tchiu Tchian , je me rends hypra-réceptive à cette énergie cosmique. J’ouvre tous mes accras, et j’absorbe les rayonnements interstellaires. Vous savez maintenant le secret de ma jeunesse prolongée ! Je vais vous enseigner les rudiments du Tchi Tchiu Tchian, et vous ne serez plus victime d’insomnies…- Oh, soyez certaine qu’en temps normal je dors comme un bébé, chère grande âme. Mais je vous avoue que j’étais trop agité pour m’assoupir, hier soir. Je suis encore sous le choc de votre rencontre, et de plus je suis surexcité à l’idée de la journée de demain… Mais j’en dis trop, c’est une surprise !- Ooooh, mon tout petit Léon, minauda la rousse gymnaste en posant sa tête sur l’épaule grassouillette du retraité. Vous n‘allez tout de même pas faire des cachotteries à votre Titine qui vous admire tant…- C’est que j’avais promis le secret à M. Touron, balbutia M. Léon, incapable de résister à cet art consommé de la séduction féminine. Mais bon, à vous, je peux vous en parler, vous serez ma complice ! Il s’agit en fait d’une sympathique surprise que nous avons réservée à nos visiteurs ! Nous annoncerons demain un grand jeu de piste, à la clé duquel le gagnant remportera une superbe horloge de tradition sapinoise, très astucieusement cachée dans le camp par mes soins…- Monsieur Léon, quel petit coquin vous faîtes ! Vous êtes toujours prêt à donner de votre personne pour divertir vos semblables… Je sens qu’on va s’éclater ! »Le nuage noir s’éloigna, et l’astre de la nuit révèla alors dans sa clarté le couple improbable tendrement enlacé, tandis qu’à l’horizon se profilaient les premières lueurs du jour nouveau.*********************************************7H18« Victoire ! »Rocamadour exultait malgré la fatigue. Son dernier tour de tournevis venait de déclencher la mise en mouvement des grosses roues dentées. Avec un léger grincement, le pont-levis trembla et s’abaissa lentement. Très lentement.« Que le diable emporte votre maudit mécanisme ! enragea Fantômette. Cette porte automatique battrait à qui-perd-gagne un escargot hémiplégique ! A cette allure, le campement sera réduit en miettes depuis une demi-journée quand nous pourrons enfin fouler le pont-levis ! »Ne pouvant se contenter de faire le décompte des longues minutes nécessaires au pont-levis pour passer en position horizontale, la jeune aventurière décida d’agir. Sa cordelette de nylon, dont elle avait lancé le grappin au sommet de la porte, lui était enfin utile à se hisser, tandis qu’elle s’aidait de son poignard planté dans le bois pour former des points d’appui successifs. Le panneau de bois était encore quasiment vertical, mais Fantômette progressait avec rapidité. Une main maintenait fermement la corde, l’autre main plantait le poignard aussi haut que possible dans le panneau et elle hissait tout le corps vers le sommet à la force d’un seul poignet. Cette gymnastique digne des plus grands cirques fut répétée sur un rythme soutenu jusqu’à ce que Fantômette atteigne le haut de la porte. Une fente commençait tout juste à apparaître entre le linteau de pierre et l’épais panneau de bois en mouvement.« La tête passe, donc tout passe ! » L’équilibriste masquée se jeta dans le vide en un gracieux plongeon, sa cape déployée derrière elle. Elle amortit son arrivée sur la terre ferme à la manière d’un chat, fléchissant les jambes. Elle se relèva, rejetta son pompon en arrière, et consulta sa montre. Il était 7H24. Fantômette était enfin libre.Slalomant entre les arbres, Fantômette arrivait en vue du camp. « 7H29 ! Pourvu que cette bombe retarde ! Sinon tu vas finir ta carrière sur un échec cuisant ma petite… » Elle n’eut pas le temps de préciser sa pensée, elle fut projetée au sol par une énorme déflagration… La bombe avait explosé ! Fantômette était étourdie par le choc, mais elle était suffisamment lucide pour imaginer les tentes dévastées, les corps déchiquetés… Elle relèva la tête. Le spectacle qui s’offrait à elle était effectivement celui d’un camp dévasté, d’un camp submergé par un raz-de-marée plutôt que par une explosion… Les tentes ruissellaient d’eau. Hébétés, les campeurs sortaient les uns après les autres de leurs canadiennes dégoulinantes. Ficelle, trempée jusqu’aux os, semblait encore plus maigre qu’à l’ordinaire, avec ses vêtements mouillés qui lui collaient au corps et ses cheveux filasses plaqués sur la figure. Elle ne savait faire autre chose que geindre. Boulotte reprenait ses esprits plus promptement. Tout aussi humide, elle était affairée à compter ses biscuits détrempés. Mlle Bigoudi errait à l’aveuglette, ses lunettes embuées de gouttelettes. Quelques filles aux cheveux longs s’ébrouaient comme des chiens après le bain. Georgetine se lamentait sur le sort de sa chemise de nuit, qui était gâchée par de longues dégoulinures orange vif gouttant de sa chevelure.« Mais que s’est-il donc passé ? J’ai l’impression de sortir d’une machine à laver, aussi rincée que ma première paire de mi-bas ! Léon faîtes quelque chose !- Je n’y comprends goutte, s’interrogeait l’instituteur retraité. Je sais bien que je suis sujet à la malchance, mais là c’est une incroyable coïncidence ! Il semble que l’épicentre du raz-de-marée soit apparu en bordure du lac, à l’endroit exact où j’avais immergé l’horloge ! Pour sûr, elle doit être endommagée à présent…- Quelle idée saugrenue. Vous aviez donc caché l’horloge dans l’eau ? N’aviez-vous pas peur qu’elle fonctionne un peu moins bien après ça ?- J’avais pensé à tout, ma chère camarade d’infortune. J'ai voulu corser un peu la difficulté du jeu de piste, en plongeant l’horloge à l’intérieur du lac, à un mètre de la rive. Il suffisait de tirer une ficelle pour faire émerger le lot-surprise, que j’avais naturellement pris soin de protéger dans un caisson étanche, utilisé habituellement par les plongeurs… »Fantômette était en train de se dire qu’elle censurerait probablement cet épisode dans ses mémoires (elle ne souhaitait pas que la terre entière sache que la naïve ingéniosité d’un vieux maître d’école avait involontairement suppléé à son incompétence), lorsqu’elle entendit des branches craquer derrière elle. Tapie derrière un arbuste, elle vit un étrange groupe évoluer à quelques dizaines de mètres. Touron menaceait de son revolver Rocamadour ainsi que quatre filles bâillonnées : Ariane, Catherine, Paulette et la petite Annie Vercère ! Le maire véreux semblait prêt à tout pour faire parler Rocamadour…****************************************************
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Messagepar Alpaga » Jeu Juin 16, 2005 11:49 pm

CHAPITRE XII - Le secret du lacMademoiselle Bigoudi circulait à toute allure au milieu de ses élèves encore détrempés :« Eloignez-vous du rivage, et reculez vers la route. Dépêchez-vous, et dans le calme s’il vous plaît ! Ficelle, ne restez pas plantée là !- Mais mam’zelle, regardez au milieu du lac : il y a plein de bulles, on dirait le jacuzzi de ma tante Yvonne. »L’étrange spectacle n’avait pas échappé à Fantômette. Elle remarqua aussi que l’eau se retirait de la grève, inexorablement. Etrange, encore une fois. Ressassant les indices en sa possession, son cerveau se mit alors à fonctionner à toute vitesse : le lac, les bulles, la grotte, la légende, le trésor, les pierres précieuses …« Mais c’est bien sûr, ça ne peut être que ça ! » murmura-t-elle.Surgissant de sa cachette, elle apostropha le maire qui continuait de menacer ses prisonniers :« Hé, le vilain-pas-beau, c’est moi que tu veux. Laisse partir ces filles, inutile de les mêler à cette affaire.- Ah oui ? Et qu’est-ce que j’y gagne en échange ?- Je te montre le trésor de Munsterberg. Un spectacle littéralement imprenable ! »Touron hésitait. Elle reprit :« Tu as ma parole de justicière. »La perspective de se débarrasser d’otages encombrants, et l’apparente assurance de la jeune fille le décida :« D’accord, mais Rocamadour reste avec nous, fit-il en brandissant son revolver.- Si ça peut te rassurer, fit Fantômette en haussant les épaules.- Allez, partez ! » ordonna le maire en direction des élèves avant d’ajouter d’un air mauvais : « Et pas un mot ou sinon…» Les filles s’évanouirent aussitôt derrière les arbres. Fantômette, soulagée, prit une voix de sergent-chef :« Direction : le château.- Inutile, ricana Touron, nous l’avons fouillé de la cave au donjon. Pas plus de trésor que de vérité dans un discours électoral – et je sais de quoi je parle.- Cependant, intervint Rocamadour avec un sourire, je pense que la demoiselle a ses raisons.- En route, mauvaise troupe ! »Il ne fallut que quelques minutes à la mauvaise troupe pour se rendre à nouveau dans l’enceinte du château. Le maire aboya :« Et maintenant ?- Dans la salle où vous nous avez emprisonnés.- Comment ? Vous voulez dire que… ? » Il ne finit pas sa phrase et, toujours menaçant, se rendit devant l’épaisse porte de chêne. De sa main libre il saisit un petit trousseau de clés d’une de ses poches et les agita pour trouver la bonne clé. Calmement, il ouvrit la porte de la prison improvisée… quand soudain SPLAM ! Il n’eut pas le temps de voir s’abattre sur lui la lourde porte, et il tomba à la renverse, inconscient.Carré-Mantméchan, pourtant bien parti dans sa tentative d’évasion, resta interdit devant le résultat de son action. « M’sieur le maire… ? » Profitant de son moment d’hébétude, Fantômette le repoussa à l’intérieur. Rocamadour, lui aussi pris au dépourvu l’espace d’un instant, se ressaisit et fit rouler le corps inerte de Touron dans la pièce. Le cambrioleur et l’aventurière refermèrent la porte avec un claquement sourd, avant de pousser simultanément un soupire de soulagement.« - Ne me dites pas que vous aviez prévu cela tout de même.- Qui sait ? répondit Fantômette avec un sourire espiègle. Maintenant, il ne nous reste plus qu’à attendre que Touron se réveille.- Comment ?!?- Sachez, cher ami, que Fantômette tient toujours ses promesses. Même celles faites à une crapule. »***Une heure passa. Le maire, qui avait reprit ses esprits, tambourinait rageusement sur la porte en duo avec Carré-Mantméchan. De l’autre côté, Fantômette jeta un dernier coup d’œil par une meurtrière avant de déclarer :« Hé là, ce n’est pas un peu fini ce boucan ? On ne peut même plus admirer le paysage ?- Attends un peu que je sorte de là, et je vais te… te… !- Hou, mais c’est très mauvais pour la santé, toute cette tension. Pour vous calmer, je vais vous raconter une petite histoire. » Elle fit une première pause jusqu’à ce que les coups sur la porte cessent. « Il était une fois un méchant comte de Munsterberg qui avait une fort jolie fille nommée Faustina-aux-yeux-d’or. Cette dernière, voulant échapper à un mariage forcé, s’enfuit de son château avec le pâtre - ou le forgeron, peu importe - du village prospère de Forlet qui se trouvait dans la cuvette en contrebas.- Un village ? Mais il n’y a rien au pied du château !- Erreur ! Révisez vos cours d'Histoire : pensez-vous qu'à l'époque, on construisait une place forte au beau milieu de nulle part comme ici ? Bien sûr que non : un château protégeait un village qui, en retour, devait subvenir à ses besoins. Mais reprenons : le comte, fou de rage, fit venir un sage et lui dit à peu près ceci : « Je veux que tu fasses disparaître ce village de malheur ! Ses habitants se sont trop moqués de moi ! » Le sage fit évacuer le bourg, et à l’aide d’ouvriers, il détourna le lit de la rivière voisine pour la faire se déverser dans la cuvette. En quelques jours, il avait submergé le village et l’avait transformé en lac. Poétiquement, un monstre d’eau sommeillait désormais sur les précieuses pierres, celles des maisons des habitants. C’est cette métaphore qui est à l’origine de la légende. »La justicière fit une nouvelle pause avant de reprendre :« Tout ceci aurait pu rester indéfiniment secret s’il n’y avait pas eu deux éléments : tout d’abord, la véritable histoire, qui était consignée sur le parchemin du Crédit Vosgien, et que Rocamadour avait commencé à traduire. » Ce dernier opina en silence. « Ensuite, il faut se souvenir d’une particularité géologique de la région. Vous ne voyez pas ? Non ? » De l’autre côté de la porte, les deux prisonniers avaient l’air penaud d’un élève interrogé sur la table de multiplication par sept. Le maire hésita un timide :« La grotte ?- Bravo ! En effet, la fameuse grotte souterraine : elle possède des kilomètres de galeries, qui s’étendent jusque sous le lac, séparés uniquement par quelques mètres de roche. Imaginez le poids de l’eau, qui au cours des siècles fragilise la terre. Imaginez enfin – au hasard - qu’une bombe explose dans ce lac, et que l’onde de choc finisse de saper les dernières roches. Que se passe-t-il alors ?- L’eau… l’eau du lac s’écoule dans les galeries…- …Comme une baignoire se vide quand on a enlevé le bouchon, parfaitement. »Touron et Carré-Mantméchan réalisèrent alors les conséquences de cette révélation, et se précipitèrent aussitôt vers la meurtrière qui donnait sur le lac. Un double cri !En l’espace d’une seule heure le lac Forlet avait disparu ! A sa place, ainsi que l’avait décrit Fantômette, se trouvait une cuvette naturelle, au fond de laquelle émergeaient, protégées par la vase, intactes, les maisons du village médiéval englouti. Un véritable trésor archéologique !« Ne vous avais-je pas promis une vue imprenable, monsieur le maire ? »
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Messagepar Hibou » Mar Jan 31, 2006 7:41 pm

Épilogue (Le Hibou)

La nouvelle année scolaire avait commencé depuis peu. L’aventure Vosgienne de juin dernier autour du lac Forlet ne faisait plus la une des discussions des récréations. Elle avait disparu au profit de toutes celles que le quotidien fournit aux élèves. Pour preuve, Ficelle ne pensait plus qu’à ses collections « zestraordinaires » : la collection de chaussettes rouges pour pieds gauches, celle de chaussettes vertes pour pieds droits et enfin celle qui ébouriffait toujours la grande asperge, la collection de chaussettes à rayures rouges et vertes qui pouvaient, indistinctement, se porter aussi bien au pied gauche qu’au pied droit. Sans oublier, bien sur, la fameuse collections de dessins de Laurence (oh la chance !!!).
Boulotte avait entrepris d’écrire ses mémoires culinaires. Le stylo bille à 4 couleurs avait rejoint, autour de l'assiette, la fourchette, la cuillère et le couteau. Chaque bouchée était scientifiquement analysée et les résultats scrupuleusement consignés dans une couleur appropriée dans un cahier. Quant à Françoise, l’apprentissage des cascades de leçons de madame Bigoudi, la lecture de France-Flash, la pratique du sport et la surveillance de la ville remplissaient un emploi du temps qui laissait peu de place à la nostalgie. Tout ce petit monde avait bel et bien tourné la page du séjours dans le Munsterberg. Sapin-sur-Moselotte, son château et son lac semblaient déjà bien loin. Et pourtant …

Ce matin, le directeur de l'école fit irruption dans la classe. "Mesdemoiselles" dit-il. "J'ai reçu, ce matin, un courrier fort intéressant. Le parc d'attraction historique et écologique Munsterland ouvrira ses portes au printemps. Monsieur Rocamadour, directeur du Crédit Vosgien et principal sponsor, invite votre classe à passer une semaine sur place." Des cris de joie et un brouhaha indescriptible saluèrent ce discours. Mademoiselle Bigoudi réussit cependant, après moult menaces, à rétablir l'ordre. "Nous en profiterons pour étudier, sur place, la vie au moyen-âge. Maintenant, ouvrez votre livre de grammaire à la page 13".

Ficelle sorti du cartable un cahier jaune marqué Top-secret et donna un coup de coude à Boulotte. "Aie " cria-t-elle ! "Cha wa pas hon !" sursauta sa voisine manquant de s'étouffer avec la barre de chocolat qu'elle était en train de déguster. "Ma vieille, je vais écrire l'ébouriffante histoire très médiévale de Faustina aux yeux d'or. Tout le monde se l'arrachera Je serai aussi célèbre que Fantômette". La Grande fille se gratta le bout du nez avec son stylo et fronça les sourcils, signes d'instance réflexion, et commença son récit :
"Il était une fois une belle princesse grande et gracieuse qui avait beaucoup de goût . Elle s'appelait Faustina au yeux d'or. Elle aimait beaucoup les bas de laine rouge et vert ...".
Intriguée par l'application inhabituelle de son élève, mademoiselle Bigoudi s'approcha de Ficelle. "Mademoiselle!" dit-elle en lui arrachant le précieux cahier. "Je constate qu'une fois encore, vous ne suivez pas les consignes. Vous me copierez pour demain 100 fois 'Je dois écouter les consignes en classe'!". Le professeur regagna son bureau accompagné par le regard sombre de son élève.

Ficelle plongea dans son cartable. Entre sa grenouille sauteuse en plastique rouge et ses gommes parfumées, elle trouva un petit calepin sur lequel figurait une horrible tête de mort aux dents ébréchés sous laquelle se croisaient 2 tibias. Elle déboucha rageusement son gros feutre noir avec sa bouche et commença à écrire toutes les tortures qu'elle comptait faire subir à l'ignoble mademoiselle Bigoudi au printemps prochain. A ce jour, Ficelle rédige la 76e page. Vaste programme ...
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